L’histoire a tendance à célébrer les initiatives audacieuses, les batailles décisives, les discours qui ont tout changé. Mais si l’on y regarde de plus près, les archives historiques recèlent une toute autre histoire, celle de personnes qui ont subi une injustice, qui l’ont ruminée, puis qui ont réagi de la manière la plus disproportionnée et la plus ciblée qui soit. Il ne s’agissait ni d’actes de guerre ni d’actes de justice. C’étaient des actes personnels. Voici 20 personnages historiques qui ont pris leur revanche et se sont assurés qu’elle soit bien ressentie.
1. Artémise Ier de Carie
Lors de la bataille de Salamine en 480 av. J.-C., Artémise combattait aux côtés de la Perse lorsque son navire se retrouva encerclé. Pour s’échapper, elle éperonna et coula un navire perse allié. Xerxès, qui observait la scène depuis le rivage, crut qu’elle avait coulé un navire ennemi grec et la félicita pour cet acte. Elle avait détruit un allié et reçu des éloges.
2. Michel-Ange
Lorsque Biagio da Cesena, un fonctionnaire du Vatican, se plaignit que le « Jugement dernier » de la chapelle Sixtine était trop obscène pour un lieu sacré, Michel-Ange l’intégra dans la fresque sous les traits de Minos, juge des Enfers, avec des oreilles d’âne et un serpent lui mordant les parties génitales. Da Cesena fit appel au pape. Ce dernier répondit que sa juridiction ne s’étendait pas jusqu’en enfer.
3. L'impératrice Wu Zetian
Lorsque deux des concubines préférées de l’empereur Gaozong se moquèrent de Wu Zetian au début de sa carrière à la cour, celle-ci prit son mal en patience. Des années plus tard, après avoir consolidé son pouvoir, elle fit arrêter ces deux femmes sur la base d’accusations qu’elle avait elle-même formulées. Elle qualifia leur châtiment de « les enivrer jusqu’à la moelle ». Elle tenait à s’attribuer le mérite de cette précision.
4. Nikola Tesla
Après que Thomas Edison l’eut, selon certaines sources, escroqué de 50 000 dollars sur la somme qui lui avait été promise, Tesla démissionna et passa des années à le surpasser systématiquement en matière de brevets, de couverture médiatique et de crédibilité auprès du public. Lorsque les deux hommes furent nominés pour le prix Nobel de physique en 1915, Tesla annonça qu’il préférerait refuser le prix plutôt que de le partager avec Edison. Aucun des deux ne le reçut cette année-là.
5. Voltaire
En 1729, Voltaire découvrit une faille mathématique dans le système de la loterie française : le montant total des gains dépassait le coût total de tous les billets lorsqu’on y ajoutait certains titres d’État. Il forma un syndicat avec le mathématicien Charles de la Condamine et acheta systématiquement des billets jusqu’à ce que le gouvernement mette fin à cette pratique. Voltaire avait déjà gagné l’équivalent de plusieurs millions de dollars. Il profita de cette indépendance financière pour écrire tout ce qu’il voulait jusqu’à la fin de sa vie.
6. Frédéric le Grand
À dix-huit ans, Frédéric fut emprisonné par son père après une tentative d’évasion ratée. En guise de punition, son père l’obligea à assister à l’exécution de son meilleur ami. Une fois le trône hérité, Frédéric abolit rapidement et sans ménagement la quasi-totalité des mesures imposées par son père avec lesquelles il était en désaccord. Il ne cita jamais son père comme raison de ces décisions.
7. Erik Satie
Après avoir été rejeté par la pianiste Suzanne Valadon, celle qu’il considérait comme son seul amour, Satie composa une pièce pour piano intitulée « Vexations », accompagnée d’une instruction manuscrite demandant de la jouer 840 fois d’affilée. La pièce elle-même est lente, étrange et profondément pénible à écouter, même une seule fois. La question de savoir si elle lui était spécifiquement destinée fait débat. En revanche, l’instruction de la répéter 840 fois ne fait aucun doute. Cela est clairement indiqué par écrit.
8. Ramsès II
Après avoir affronté les Hittites à Kadesh en 1274 av. J.-C., où les combats s’étaient soldés par une impasse, Ramsès lança l’une des campagnes de propagande les plus vastes de l’histoire antique, faisant graver sur les murs des temples à travers toute l’Égypte des récits le présentant comme un héros sans pareil. Lorsque les deux camps finirent par signer ce qui est considéré comme le premier traité de paix au monde dont on ait conservé la trace, il fit également graver cet événement sur les murs.
9. Caterina Sforza
Lorsque ses ennemis capturèrent ses enfants pour la contraindre à se rendre à la forteresse de Forlì en 1488, Caterina grimpa sur les remparts, bien en vue de ses ravisseurs, fit un geste extrêmement explicite indiquant qu’elle pouvait avoir d’autres enfants, et refusa de céder. Ses enfants ne subirent aucun mal, peut-être parce que ses ravisseurs ne savaient pas comment réagir. De nombreux contemporains ont rapporté ce geste. Il n’est pas opportun d’en donner plus de détails ici.
10. Isaac Newton
En tant que maître de la Monnaie royale, Newton poursuivit le faussaire William Chaloner avec une ardeur qui allait bien au-delà de ses obligations professionnelles. Chaloner s’était moqué publiquement des compétences de Newton devant le Parlement. Newton passa deux ans à rassembler personnellement des preuves et à monter son dossier. Il assista lui-même au procès. Chaloner fut pendu en 1699.
11. L'impératrice Théodora
Avant de devenir impératrice, Théodora avait été abandonnée sans le sou en Afrique du Nord par un gouverneur du nom d’Hécébolus. Des années plus tard, depuis la fonction la plus puissante de l’Empire byzantin, elle fit adopter des réformes juridiques concernant le sort des femmes abandonnées et exploitées, qui comptent encore aujourd’hui parmi les plus importantes de la période byzantine. On ne se souvient d’Hécébolus que pour son lien avec elle.
12. Mark Twain
Après avoir été lésé par un éditeur sur ses droits d’auteur, Twain a créé sa propre maison d’édition et s’en est servi pour publier les mémoires d’Ulysses S. Grant à des conditions qui, pour l’époque, étaient exceptionnellement favorables à l’auteur. Il a conçu cet accord spécialement pour montrer à quoi ressemblaient des droits d’auteur équitables et en a parlé ouvertement. La maison d’édition a fini par faire faillite, mais le message avait été fait passer.
13. Ludwig van Beethoven
Lorsque le prince Karl Alois von Lichnowsky tenta de contraindre Beethoven à se produire devant des officiers français dans son domaine en 1806, Beethoven refusa, quitta les lieux et, de retour à Vienne, détruisit le buste du prince. Il envoya à Lichnowsky une lettre qui nous est parvenue, dans laquelle il écrivait notamment que les princes avaient été et seraient encore des milliers, mais qu’il n’y avait qu’un seul Beethoven. Il dédia sa prochaine œuvre majeure à quelqu’un d’autre. Lichnowsky ne reçut plus jamais de dédicace.
14. L'empereur Auguste
Après que le poète Ovide eut publié des textes qu’Auguste jugeait personnellement embarrassants, l’empereur l’exila dans une ville reculée au bord de la mer Noire et fit retirer ses livres des bibliothèques publiques de Rome alors qu’Ovide était encore en vie pour en prendre connaissance. Ovide passa le reste de sa vie à écrire des lettres dans lesquelles il suppliait de pouvoir revenir. Auguste ne répondit jamais. Son successeur, Tibère, fit de même, maintenant l’exil sans fournir d’explication.
15. Napoléon Bonaparte
Après avoir été exilé à l’île d’Elbe en 1814, Napoléon passa des mois à mémoriser les noms, les régiments et les histoires personnelles de chacun des gardes qui lui étaient affectés, s’adressant à chacun d’entre eux individuellement par son nom de détachement. Il cherchait à s’assurer leur loyauté au cas où il en aurait besoin. Il s’échappa moins d’un an plus tard. Il en eut besoin.
16. La reine Isabelle Ire de Castille
Lorsque le pape Alexandre VI commença à mener des manœuvres qui menaçaient les intérêts espagnols dans les Amériques, Isabelle se mit à financer ses propres nominations ecclésiastiques sur les territoires espagnols, privant ainsi de fait la papauté de toute influence sur l’Église dans son domaine. Elle ne présenta jamais cela comme une mesure de représailles. Elle le présenta comme un acte de piété, ce qui s’avéra en quelque sorte plus efficace.
17. Antonio Salieri
Vers la fin de sa vie, Salieri aurait commencé à affirmer qu’il avait empoisonné Mozart, une affirmation que les historiens considèrent pour l’essentiel comme fausse et que Salieri lui-même aurait en partie inventée. La théorie actuelle est qu’il aurait répandu cette rumeur afin d’associer définitivement son nom à l’héritage de Mozart, plutôt que de tomber dans l’oubli avec lui. Cela a fonctionné, d’une certaine manière. On se souvient de Salieri presque exclusivement grâce à Mozart, ce qui n’est probablement pas le résultat qu’il espérait.
18. Cyrus le Grand
Après avoir conquis Babylone en 539 av. J.-C., Cyrus s’est fait un devoir d’honorer publiquement le dieu babylonien Marduk et de se présenter comme un libérateur plutôt que comme un conquérant. Le roi précédent, Nabonide, avait négligé le culte de Marduk et s’était aliéné le clergé pendant des années. Cyrus a su exploiter ce ressentiment. Les Babyloniens lui ont remis la ville en partie parce que leur propre roi avait passé des années à se mettre à dos les personnes qui comptaient le plus.
19. Giacomo Puccini
Lorsque les critiques milanais ont descendu en flammes la première de son opéra Edgar en 1889 et se sont demandé s’il avait un avenir dans ce genre, Puccini a conservé toutes les critiques. Il les a fait relier en un seul volume. Des années plus tard, après que La Bohème et Tosca l’eurent propulsé au rang de compositeur d’opéra le plus célèbre au monde, il aurait, dit-on, sorti ce volume de temps à autre pour les relire. Il n’a accordé aucune interview à ce sujet. Il s’est contenté de garder ce livre.
20. Marguerite de Navarre
Lorsqu’un frère franciscain du nom de Guillaume Briçonnet accusa publiquement Marguerite d’hérésie dans les années 1520 en raison de ses écrits religieux, elle l’intégra dans son Heptaméron sous les traits d’une série de membres du clergé corrompus, lubriques et hypocrites. L’ouvrage connut une large diffusion à travers la France. Briçonnet est aujourd’hui pratiquement tombé dans l’oubli. L’Heptaméron est toujours réédité.