L’Histoire a toujours eu un faible pour les surnoms mémorables, mais ne vous y trompez pas : cela ne signifie pas pour autant que tous les surnoms attribués aient été appréciés par ceux à qui ils s’adressaient. Le plus embarrassant, c’est que bon nombre de ces surnoms ont en réalité survécu à leurs porteurs. Peu importe qu’ils aient régné sur un royaume ou mené des guerres : on se souvenait d’eux comme « le Gros », « l’Ivrogne » ou pire encore. Suivez-nous à la découverte de certains des surnoms les plus humiliants que l’histoire ait jamais infligés à qui que ce soit.
1. Æthelred le Malavisé
Æthelred II d’Angleterre a régné pendant une période marquée par de violentes attaques vikings, mais son surnom pourrait laisser croire qu’il n’était rien d’autre qu’un imbécile indécis. Le nom « Unready » vient du vieil anglais « unræd », qui signifie « mauvais conseil », et faisait contraste avec son propre nom, qui signifiait « noble conseil ». Bon, d’accord, la signification était davantage politique que liée à la paresse, mais la version moderne n’a pas vraiment rendu service à sa réputation.
2. Charles le Gros
Eh bien, voilà une façon de laisser sa marque. Charles III réussit à devenir empereur de l’Empire carolingien, qu’il régna à la fin du IXe siècle. Il fut également le dernier empereur carolingien légitime à régner sur un royaume franc unifié. Malheureusement pour lui, les sources ultérieures le réduisirent à son surnom, et l’empire devint une simple note de bas de page.
3. Louis le Bègue
Louis II de Francie occidentale a succédé à Charles le Chauve (encore un excellent surnom), mais son propre surnom provient de récits médiévaux qui le décrivaient comme souffrant d’un trouble de l’élocution. Cela ne fait que rappeler cruellement que les chroniqueurs avaient souvent tendance à transformer les difficultés personnelles en une identité définitive.
4. Constantin V le Copronyme
L’empereur byzantin Constantin V portait l’un des surnoms les plus insultants de l’histoire impériale : Copronyme. Ça ne vous dit rien ? Ce n’est pas grave : en gros, cela signifie « celui qui porte le nom de la fiente ». Cette insulte provenait de sources iconoclastes hostiles, qui affirmaient qu’il avait déféqué pendant son baptême, bien que cette histoire ne fût en réalité qu’un stratagème de propagande. Quoi qu’il en soit, ce surnom lui est resté.
5. Michel III l'Ivrogne
Michel III régna sur l’Empire byzantin de 842 à 867, et les auteurs postérieurs lui collèrent le surnom d’« l’Ivrogne ». Les historiens modernes se sont montrés un peu plus indulgents, plus enclins à attribuer à son règne d’importants acquis impériaux. Mais tant qu’ils n’eurent pas pu se pencher sur son héritage, ce sont les dynasties rivales qui écrivirent l’histoire, et c’est la version embarrassante qui se répandit le plus loin.
6. Henri IV de Castille, dit « l'Impuissant »
Bon, il n’y a pas grand-chose d’autre à dire à ce sujet. Pour faire court, Henri IV de Castille avait une fille, Jeanne, et la légitimité de celle-ci devint un enjeu politique. Ses adversaires remettaient en question la sexualité et la fertilité d’Henri, utilisant souvent ces questions à son encontre, ce qui lui valut un surnom qui le suivit tout au long de l’histoire.
7. Ivaylo de Bulgarie, dit « le Chou »
Ivaylo de Bulgarie, issu d’un milieu modeste, s’éleva brièvement au rang de tsar, ce qui aurait dû lui valoir une mémoire glorieuse. Au lieu de cela, on se souvient de lui sous des surnoms tels que « Bardokva » et « Lakhanas », généralement traduits par « radis », « laitue » ou « chou ».
8. Sancho Ier de León, dit « le Gros »
Sancho Ier de León a régné à deux reprises au Xe siècle, mais vous n’y prêterez sans doute guère attention maintenant que vous connaissez son surnom. On l’appelait « le Gros », et la politique médiévale ne traitait pas vraiment cette étiquette avec ménagement. Ce surnom lui est resté tellement collé à la peau qu’il a éclipsé son héritage, rendant son poids plus célèbre que le fait qu’il se soit battu pour reconquérir le trône.
9. Alphonse IX de León, dit « le Baveux »
Alphonse IX de León a régné pendant une longue période, de 1188 à 1230, mais cela n’a pas empêché l’un de ses surnoms de perdurer : « le Baveux ». Ce surnom est généralement associé à des récits selon lesquels il aurait écumé pendant ses accès de colère. Ce n’est pas vraiment ainsi que l’on souhaite que l’on se souvienne de ses tirades.
10. John Softsword
Le roi Jean d’Angleterre avait déjà bien assez de problèmes sans qu’un surnom ne remette en cause sa fermeté. Comme on pouvait s’y attendre, le surnom de « Softsword » (l’Épée molle) circulait à l’époque de son règne, et il était associé à l’idée qu’il avait conclu la paix avec la France trop facilement. Comme Jean perdit par la suite une grande partie des territoires français de l’Empire angevin, ce surnom finit par devenir la version des faits donnée par ses ennemis.
11. Jean sans Terre
Pour aggraver encore les choses, avant même que le surnom de « Softsword » n’ait eu le temps de faire mal, Jean devait déjà composer avec celui de « Lackland ». En tant que plus jeune fils d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, on ne s’attendait pas à ce qu’il hérite de quoi que ce soit d’important, d’où ce surnom. Le rebondissement embarrassant, c’est qu’il finit tout de même par devenir roi… pour perdre ensuite suffisamment de territoires pour que ce surnom paraisse encore plus fâcheux avec le recul.
12. Władysław « le Petit »
En anglais, Władysław Ier de Pologne était surnommé « the Elbow-high », ce qui, tout bien considéré, ne sonne pas si mal. Ce surnom vient toutefois de « Łokietek », un diminutif lié au mot polonais signifiant « coude », même si les historiens ne s’accordent toujours pas sur sa signification exacte. D’après ce que l’on sait, ce surnom était probablement dû à sa petite taille.
13. Boleslas III « la Bouche tordue »
Être qualifié de « petit » était bien mieux que ce qui est arrivé à Boleslas III de Pologne : « Bouche tordue », un surnom que les historiens attribuent à une malformation faciale. Les sources divergent quant à l’origine exacte de ce surnom, et certaines explications proviennent de chroniqueurs bien postérieurs plutôt que de témoignages contemporains avérés. Quoi qu’il en soit, ce surnom lui est devenu si indissociable qu’il apparaît désormais à côté de son titre officiel presque chaque fois qu’il est mentionné dans les livres d’histoire.
14. Pépin le Bossu
Pépin, le fils aîné de Charlemagne, est resté dans les mémoires sous le surnom de « l’Boiteux », et vous devinez sans doute pourquoi. Sa vie ne s’est pas arrangée par la suite non plus : il prit part à une rébellion contre son père en 792, à la suite de quoi Charlemagne le fit tonsurer et envoyer dans un monastère.
15. Guillaume le Bâtard
Avant de devenir Guillaume le Conquérant, le futur roi d’Angleterre était également connu sous le nom de Guillaume le Bâtard. Ce surnom lui avait été attribué en raison de sa naissance : il était en effet le fils du duc Robert de Normandie et d’Herleva, qui n’étaient pas mariés. Bien que sa victoire en Angleterre en 1066 lui ait valu un surnom bien plus prestigieux, cela n’a pas pour autant effacé l’ancien.
16. Charles le Chauve
Même si nous l’avons déjà évoqué, nous devons revenir sur Charles le Chauve — d’autant plus qu’il n’était peut-être pas chauve du tout. Des représentations de l’époque le montrent chevelu, et les historiens ont depuis émis l’hypothèse que ce surnom était probablement lié au fait qu’il n’avait pas encore de royaume à cette époque. Qu’il s’agisse d’une critique politique ou non, ce surnom s’est accroché à lui comme une bouée de sauvetage.
17. Joe Bananas
Également connu sous le nom de Joseph Bonanno, M. « Joe Bananas » était en réalité un puissant parrain de la mafia new-yorkaise. Ce surnom trouvait à l’origine son origine dans son nom de famille, mais il devint encore plus difficile à faire oublier pendant la « guerre des bananes » des années 1960, lorsque des factions rivales se sont affrontées pour le contrôle de la famille Bonanno.
18. Ivar le Désossé
Ivar « le Sans-Os » était un chef viking dont le surnom intrigue les historiens depuis des siècles. Certaines traditions l’associent à une anomalie physique. D’autres théories suggèrent que sa signification initiale aurait pu être mal interprétée. Certains pensent simplement qu’il a été déformé au fil du temps. Quoi qu’il en soit, « le Sans-Os » est un surnom difficile à faire entrer dans la légende.
19. Harald « Bluetooth »
Non, ce n’est pas ce genre de « Bluetooth », même si Harald aurait mieux tiré son épingle du jeu avec cette association. Non, son surnom fait généralement référence à une dent sombre ou décolorée, et les sources médiévales attribuent d’ailleurs ce nom à cette raison. Curieusement, il est toutefois devenu suffisamment célèbre pour inspirer la technologie Bluetooth moderne.
20. Éric, le bègue et le boiteux
Éric XI de Suède portait l’un des surnoms royaux les plus cruels de l’histoire, bien qu’il ait régné deux fois sur la Suède au XIIIe siècle. Ce surnom le réduisait à ses seuls traits physiques, sans rien d’autre, et si l’on cherchait une preuve que les surnoms médiévaux étaient impitoyables, celui d’Éric en est la parfaite illustration.