Bien avant que la notion de « deux poids, deux mesures » au travail ne soit nommée, elle était déjà inscrite dans la loi et dans les règles quotidiennes qui déterminaient qui était emprisonné et qui s’en tirait avec une simple réprimande. Pendant des siècles, des hommes et des femmes pouvaient commettre exactement le même acte et se retrouver dans des situations radicalement différentes : l’un s’en tirait en haussant les épaules, tandis que l’autre risquait la prison, l’exil, voire pire. Les archives judiciaires, les registres paroissiaux et les anciens recueils de lois regorgent de ces disparités, et dès qu’on commence à les lire, on ne peut plus ignorer cette tendance. Certaines de ces sanctions semblent relever de l’histoire ancienne ; d’autres étaient encore d’actualité de mémoire d’homme. Voici 20 exemples de situations pour lesquelles les femmes ont payé le prix fort, tandis que les hommes s’en sont simplement tirés à bon compte.
1. L'adultère
Dans de nombreux systèmes juridiques, de la Rome antique à l’Amérique coloniale, une femme surprise en flagrant délit d’adultère s’exposait à l’humiliation publique, au marquage au fer rouge, voire à l’exécution. Un homme surpris dans le même acte, en particulier avec une femme non mariée, n’encourait souvent aucune sanction officielle, car la loi était conçue pour protéger le droit du mari à la fidélité de son épouse, et non l’inverse.
2. Accusations de sorcellerie
La grande majorité des personnes exécutées pour sorcellerie en Europe et dans l’Amérique coloniale étaient des femmes, souvent accusées pour la simple raison de vivre seules, de se disputer avec un voisin ou de posséder des connaissances en herboristerie qui mettaient les gens mal à l’aise. Les hommes accusés des mêmes comportements excentriques étaient bien plus susceptibles d’être considérés comme des excentriques plutôt que comme des personnes dangereuses.
3. Prendre la parole sans y avoir été invité
Dans l’Angleterre du début de l’époque moderne, les femmes qualifiées de « harpies » ou de « râleuses » pouvaient être contraintes de porter une cage métallique appelée « bride de la harpie », qui leur était verrouillée autour de la tête afin de leur clouer la langue et de les réduire au silence. Les hommes qui se disputaient bruyamment en public, même pour des broutilles, étaient quant à eux rarement soumis à un dispositif spécialement conçu pour les faire taire.
4. La propriété immobilière après le mariage
En vertu de la « coverture », doctrine juridique qui a dominé le droit anglais et américain pendant des siècles, les biens, le salaire et même l’identité juridique d’une femme mariée étaient transférés à son mari dès l’instant où elle prononçait ses vœux. Le mari conservait le contrôle total de tout, quel que soit son comportement, tandis que la femme n’avait aucun droit indépendant, même si c’était elle qui avait apporté l’argent dans le mariage.
5. Demande de divorce
Pendant une grande partie de l’histoire, un homme pouvait divorcer de sa femme simplement en prouvant son adultère. Une femme souhaitant obtenir le même divorce devait souvent prouver l’adultère associé à des actes de cruauté ou à l’abandon, un critère bien plus strict qui a maintenu de nombreuses femmes prisonnières de mariages dont les hommes auraient pu se libérer sans difficulté.
6. Avoir un enfant hors mariage
Les mères célibataires étaient systématiquement envoyées dans des maisons de travail, des asiles ou des établissements tels que les blanchisseries de la Madeleine, où elles vivaient dans des conditions proches de l’esclavage, parfois pendant des années, parfois toute leur vie. Les hommes responsables de ces grossesses n’encouraient généralement aucune conséquence et étaient rarement même mentionnés dans les registres officiels.
7. Revendiquer le droit de vote
Les suffragettes qui luttaient pour le droit de vote ont été arrêtées, emprisonnées et, dans certains cas, soumises à une alimentation forcée après avoir entamé des grèves de la faim en prison. Les hommes qui réclamaient le même droit à la participation politique dont bénéficiaient déjà leurs pères et leurs grands-pères n’ont jamais été confrontés à une violence institutionnelle ne serait-ce qu’approchant celle-là.
8. Poursuivre ses études
Au XIXe siècle, les femmes qui souhaitaient poursuivre des études supérieures étaient raillées et qualifiées d’« contre nature » ; on les mettait en garde contre les effets néfastes d’un excès d’études sur leur santé reproductive, et elles se voyaient parfois carrément refuser l’accès aux universités. Les hommes, quant à eux, pouvaient étudier librement les mêmes matières, bénéficiant d’un soutien institutionnel total et sans être confrontés à ces discours alarmistes d’ordre médical.
9. Consommation d'alcool dans les lieux publics
Une femme aperçue en état d’ivresse en public pendant une grande partie du XIXe siècle et au début du XXe siècle risquait d’être qualifiée de « déchue » ou d’« immorale », ce qui pouvait parfois la conduire dans un établissement de rééducation. Un homme dans le même état était souvent simplement raccompagné chez lui par ses amis et faisait l’objet de plaisanteries à ce sujet le lendemain matin.
10. Porter des vêtements pour hommes
Jusqu’à une période avancée du XXe siècle, plusieurs villes américaines disposaient de lois autorisant l’arrestation des femmes qui portaient des pantalons ou d’autres « vêtements masculins » en public. La mode masculine, en revanche, n’a jamais fait l’objet d’une réglementation légale, quelle que soit son évolution.
11. Être victime d'une agression
Pendant des siècles, une femme victime d’une agression risquait d’être accusée d’en avoir été la cause, d’être humiliée par sa propre communauté ou, dans certains cas, d’être contrainte d’épouser son agresseur pour préserver sa réputation. Les hommes responsables n’encouraient souvent aucune conséquence juridique, car c’était le comportement de la victime, et non le leur, qui faisait l’objet d’un examen minutieux.
12. Prêcher ou prendre la parole à l'église
Les femmes qui prêchaient ou prenaient la parole en public dans des lieux de culte étaient parfois arrêtées, comme l’ont découvert les premières femmes quaker de la Nouvelle-Angleterre coloniale, qui ont été fouettées ou bannis pour cette raison. Les hommes prononçaient des sermons depuis ces mêmes chaires sans que personne ne remette en question leur légitimité à s’y trouver.
13. Travailler pour percevoir un salaire en tant qu'indépendant
Jusqu’à une période avancée du XIXe siècle, les femmes mariées qui travaillaient hors de leur foyer ne pouvaient souvent pas légalement conserver leur propre salaire, car le principe de la « coverture » conférait directement cet argent au mari. Le salaire d’un homme lui appartenait tout simplement, sans aucune discussion, quelle que soit la manière dont il le dépensait.
14. Se voir diagnostiquer un trouble hystérique
Au XIXe et au XXe siècle, les médecins diagnostiquaient l’hystérie chez les femmes pour des comportements aussi courants que l’ambition, la colère ou un désir sexuel manifeste, allant parfois jusqu’à les interner ou à leur pratiquer des lobotomies afin de calmer ce trouble supposé. Les hommes présentant les mêmes traits de caractère étaient simplement considérés comme des hommes, sans jamais se voir attribuer de diagnostic pour cela.
15. Se remarier après le décès de son conjoint
Dans plusieurs systèmes juridiques historiques, les veuves risquaient de perdre la garde de leurs enfants ou le contrôle des biens hérités si elles choisissaient de se remarier. Les veufs, quant à eux, n’étaient soumis à aucune sanction de ce type et pouvaient se remarier librement sans que leur statut social ou leur patrimoine ne soient menacés.
16. Perte de la garde après le divorce
Jusqu’à une période avancée du XXe siècle, dans la plupart des systèmes juridiques occidentaux, la garde des enfants était automatiquement attribuée au père après un divorce, quelle que soit la responsabilité effective de chacun. Les mères n’avaient pratiquement aucun droit légal de garder leurs propres enfants, même dans les cas où c’était le père qui avait provoqué la rupture du mariage.
17. Témoigner devant un tribunal
Dans de nombreux tribunaux d’époque, le témoignage d’une femme devait être corroboré avant d’être jugé crédible, en particulier dans les affaires où elle était victime d’agression ou de mauvais traitements. En revanche, la parole d’un homme était généralement acceptée telle quelle, sans qu’un deuxième témoin soit nécessaire pour l’étayer.
18. Défendre son honneur personnel
Les hommes qui se sentaient offensés pouvaient se défier en duel, une manière socialement acceptée, voire parfois admirée, de régler le différend. Une femme qui réagissait avec une intensité ne serait-ce qu’approximativement équivalente était considérée comme instable ou peu féminine, puisqu’il n’existait pour elle aucun exutoire honorable.
19. Détention du pouvoir politique
Tout au long de l’histoire, les femmes au pouvoir ont dû faire face à des rumeurs incessantes concernant leur sexualité, leur aptitude à gouverner et leur intégrité morale, ce qui n’était tout simplement pas le cas de leurs homologues masculins. La chute et l’exécution d’Anne Boleyn constituent l’un des exemples les plus frappants de l’histoire : elle a été punie d’une manière dont aucun roi accusé d’un comportement similaire n’a jamais été sanctionné.
20. Les relations sexuelles avant le mariage
Les lois coloniales sur l’adultère punissaient souvent les femmes par des coups de fouet publics ou des aveux forcés devant l’assemblée, tandis que les hommes accusés de la même relation prénuptiale s’en tiraient souvent avec une amende modeste, quand ils étaient poursuivis. La preuve physique que constituait la grossesse rendait les femmes impossibles à ignorer, tandis que les hommes impliqués pouvaient simplement nier les faits et s’en tirer sans aucune conséquence.