Chaque génération semble convaincue qu’elle se trouve au bord du gouffre. Si l’on remonte suffisamment loin dans le temps, on découvre des gens par ailleurs raisonnables qui juraient qu’une nouvelle invention ou un changement de mœurs était sur le point de bouleverser tout ce qu’ils connaissaient. Parfois, cette crainte provenait d’une véritable incompréhension du fonctionnement du monde. D’autres fois, elle venait du fait de voir les changements s’opérer plus vite que quiconque ne pouvait les assimiler, et de confondre cette rapidité avec un danger. Voici 20 choses dont les gens étaient autrefois absolument convaincus qu’elles entraîneraient l’effondrement de la civilisation.
1. L'imprimerie
Lorsque la machine de Gutenberg a commencé à produire des livres par milliers, de nombreux responsables religieux et dirigeants civils ont cédé à la panique. Ils craignaient que le fait que les gens du peuple lisent les Écritures par eux-mêmes, sans l’aide d’un prêtre pour les guider, ne sape l’autorité religieuse dans toute l’Europe. Certains érudits redoutaient même qu’une lecture excessive ne surcharge l’esprit humain, car personne n’avait jamais eu à traiter une telle quantité d’informations auparavant.
2. Cafés
Dans l’Angleterre du XVIIe siècle, les cafés étaient considérés comme des foyers de commérages et de sédition, fréquentés par des oisifs fuyant le travail honnête. Charles II tenta d’ailleurs de les interdire en 1675, convaincu que toutes ces discussions politiques alimentées par la caféine finiraient par renverser la monarchie. L’interdiction ne dura qu’environ onze jours avant que l’indignation publique ne le contraigne à faire marche arrière.
3. La valse
Lorsque les couples ont commencé à se toucher réellement en dansant, la bonne société a perdu la tête. Les détracteurs ont qualifié la valse d’obscène, avertissant que ce contact étroit et ces pirouettes en cercle allaient corrompre les mœurs et déchirer le tissu social qui maintenait les familles unies. Les journaux ont publié des éditoriaux traitant ce phénomène comme une crise de santé publique, comme si un simple pas de danse pouvait à lui seul faire s’effondrer la civilisation, depuis la salle de bal jusqu’au-delà.
4. Lecture de romans
À la fin du XVIIIe siècle, les médecins et les moralistes étaient convaincus que les romans, surtout entre les mains des jeunes femmes, provoquaient une sorte de pourriture mentale. Ils mettaient en garde contre le fait que la fiction attisait l’imagination et détournait les lectrices des devoirs qui les attendaient à la maison. Certains médecins allaient même jusqu’à prescrire l’air frais et les travaux d’aiguille comme remède à ce qu’ils appelaient la « maladie des romans ».
5. Les trains
Les débuts du voyage en train terrifiaient bon nombre de personnes éclairées, qui estimaient que le corps humain n’était tout simplement pas conçu pour des vitesses supérieures à trente miles à l’heure. Les médecins craignaient que les organes des passagers ne se liquéfient ou que leur esprit ne cède sous la pression d’un déplacement aussi rapide. D’autres étaient convaincus que le bruit et la fumée rendraient le bétail fou et empoisonneraient l’air à des miles à la ronde.
6. The Telegraph
Lorsque les messages ont commencé à traverser les continents en quelques secondes au lieu de plusieurs semaines, certains observateurs étaient convaincus que le rythme de la vie lui-même finirait par briser les gens. Les penseurs de l’époque se demandaient à haute voix si les humains seraient capables de supporter des informations arrivant instantanément, ou si les mises à jour constantes en provenance de contrées lointaines ne finiraient pas par mettre leurs nerfs à rude épreuve, au point de les rendre irrémédiablement à vif. C’est le même reproche que les gens ont formulé à l’encontre de la télévision, puis d’Internet, sous des formes différentes.
7. Parapluies
Dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, le fait pour un homme de porter un parapluie était considéré comme presque scandaleux, un signe de faiblesse et un affront à la Providence elle-même. Jonas Hanway, l’un des premiers Anglais à en utiliser un en public, aurait été la cible de railleries et d’objets lancés pendant des années. Ses détracteurs affirmaient que se protéger de la pluie témoignait d’un manque de force morale susceptible d’affaiblir toute une nation.
8. Le vélo
Lorsque les femmes ont commencé à faire du vélo dans les années 1890, les médecins ont inventé un trouble appelé « visage de cycliste », prétendument causé par l’effort nécessaire pour garder l’équilibre et diriger le vélo. Les moralistes craignaient que le vélo ne donne aux femmes trop d’indépendance, en leur permettant de se déplacer seules et de porter des vêtements plus amples et plus pratiques. Certains ont averti que cette nouvelle liberté de mouvement mettrait à mal les règles de la cour et, à terme, la structure familiale qui assurait la cohésion de la société.
9. Le téléphone
L’invention d’Alexander Graham Bell a reçu un accueil tout aussi hostile de la part de ceux qui pensaient qu’une connexion permanente mettrait définitivement fin aux conversations en face à face. Certains craignaient que les voix transmises par les fils ne semblent artificielles, voire fantomatiques, et que les gens perdent la capacité de se comprendre lorsqu’ils se trouvaient face à face. D’autres redoutaient que cela permette à des inconnus de s’immiscer dans les foyers à toute heure, détruisant ainsi le peu de tranquillité qui restait aux familles.
10. La comète de Halley
En 1910, les journaux ont rapporté que la Terre allait traverser la queue de la comète, et certains scientifiques ont avancé l’hypothèse que ses gaz contenaient un composé toxique. La panique s’est rapidement propagée, et les gens se sont précipités pour acheter des masques à gaz et des « pilules anti-comète » censées les protéger contre l’empoisonnement. Il ne s’est bien sûr rien passé, si ce n’est une excellente soirée pour tous ceux qui vendaient des remèdes miracles.
11. Mots croisés
L’engouement pour les mots croisés des années 1920 a été rendu responsable de tout, des tensions conjugales à la baisse de productivité. Les détracteurs affirmaient que ces jeux étaient une perte de temps addictive qui détournait l’esprit, éloignant les gens du vrai travail et des vraies conversations. Certains journaux ont publié des articles avertissant qu’une génération entière oublierait comment penser sans une grille de cases noires et blanches devant les yeux.
12. Bandes dessinées
Dans les années 1950, le psychiatre Fredric Wertham affirmait que les bandes dessinées transformaient les enfants en délinquants, en pervertissant leur morale par la violence et des messages cachés. Son ouvrage La séduction de l’innocent a donné lieu à des auditions au Sénat et à une vague d’autodafés publics de bandes dessinées à travers tout le pays. L’industrie a survécu en mettant en place son propre système de classification strict, même si la crainte que ces pages colorées puissent corrompre toute une génération a persisté pendant des années.
13. Rock'n'roll
Lorsque le rock’n’roll a fait son apparition sur les ondes, de nombreux parents et prédicateurs étaient convaincus que cela sonnait le glas d’une société respectable. On reprochait à cette musique de dégrader les mœurs et d’inciter les adolescents à répondre à leurs parents. Les stations de radio ont interdit certaines chansons, et certaines villes ont même organisé des rassemblements pour brûler des disques afin d’éradiquer ce phénomène avant qu’il ne se propage davantage.
14. Télévision
Les premiers détracteurs de la télévision craignaient qu’elle ne détruise les échanges familiaux et n’émousse définitivement la capacité d’attention des enfants. Certains psychologues prédisaient l’émergence d’une génération incapable de lire un livre jusqu’au bout ou d’avoir une véritable conversation sans un écran allumé à proximité. Cette crainte n’était pas tout à fait infondée quant au risque de dépendance, mais elle était prématurée quant à l’écran qui finirait par en être la cause.
15. Le phonographe
Lorsque le phonographe d’Edison a fait entrer la musique enregistrée dans les salons, certains craignaient qu’il ne sonne le glas des concerts. Musiciens et critiques redoutaient que les familles cessent de chanter ensemble et que la musique elle-même ne devienne un produit que l’on consomme seul plutôt qu’une activité que l’on pratique ensemble. Rares étaient ceux qui avaient prévu que l’enregistrement sonore finirait par créer davantage de musiciens qu’il n’en remplaçait, et non l’inverse.
16. Donjons et Dragons
Dans les années 1980, un mouvement de parents inquiets et de groupes religieux s’est mis à croire que « Donjons et Dragons » ouvrait la voie à la pratique de l’occultisme et à la violence dans la vie réelle. Des reportages ont établi un lien entre le jeu et des suicides d’adolescents ainsi que des abus rituels sataniques, malgré le manque de preuves tangibles étayant ces allégations. La panique s’est finalement apaisée, mais pas avant que l’éditeur du jeu n’ait passé des années à se défendre contre une réputation qu’il n’avait jamais vraiment méritée.
17. Jeux vidéo
Tout comme les bandes dessinées avant eux, les jeux vidéo ont été tenus pour responsables de la violence chez les jeunes, en particulier après les fusillades scolaires très médiatisées des années 1990 et 2000. Les législateurs ont organisé des auditions, les chercheurs ont mené des études et les experts ont affirmé que les jeux de tir à la première personne conditionnaient les enfants à devenir des adultes violents. Plusieurs décennies plus tard, la criminalité violente chez les jeunes a globalement diminué, alors même que le jeu vidéo est devenu une pratique quasi universelle.
18. Y2K
À l’approche de l’an 2000, les experts avaient prévenu que les ordinateurs programmés pour ne lire que deux chiffres correspondant à l’année sombreraient dans le chaos à minuit. Les gens avaient fait des provisions de nourriture, d’argent liquide et de générateurs, s’attendant à ce que les avions tombent du ciel et que les réseaux électriques tombent en panne d’un seul coup. Les gouvernements et les entreprises ont dépensé des milliards pour corriger le code sous-jacent, et le 1er janvier est arrivé, accompagné d’un soupir de soulagement discret et légèrement gêné.
19. Internet
À ses débuts, on reprochait à Internet d’isoler les gens et d’éroder les véritables amitiés, en les remplaçant par quelque chose de plus superficiel et de plus distant. Certains sociologues prédisaient une société vidée de sa substance, où plus personne ne sortirait de chez soi ni ne regarderait plus jamais quelqu’un dans les yeux. Il a certes bouleversé bien des choses, mais pas de la manière précise et catastrophique à laquelle la plupart des gens s’attendaient.
20. Énergie nucléaire
Après la Guerre froide et des catastrophes comme celle de Tchernobyl, l’énergie nucléaire est devenue le symbole de la capacité de l’humanité à s’autodétruire par son propre génie. Des mouvements entiers se sont formés autour de l’idée que toute centrale nucléaire était un accident nucléaire en puissance, quels que soient sa conception ou son bilan en matière de sécurité. Des décennies plus tard, l’énergie nucléaire reste l’une des sources d’énergie les plus sûres et les moins émettrices de carbone qui soient, même si la peur qu’elle inspirait autrefois n’a jamais complètement disparu.