Dites « le Cruel », « le Fou » ou « le Joyeux », et vous pouvez déjà presque entendre les ragots qui commencent à circuler. C’est là toute la magie d’un surnom royal : quelques mots, collés il y a des siècles par des alliés, des ennemis ou des sujets épuisés, et soudain, une vie marquée par la guerre, la trahison, la maladie et les dysfonctionnements familiaux se résume à quelque chose qui tiendrait sur une tasse à café. Le problème, c’est que les surnoms mentent par omission. Certains ont été mérités par un comportement véritablement monstrueux. D’autres ont été inventés de toutes pièces par des rivaux ayant un compte à régler, ou sont nés de rumeurs que personne n’a pris la peine de vérifier avant qu’elles ne se figent dans « l’histoire ». Quoi qu’il en soit, la véritable histoire correspond rarement à la petite étiquette bien rangée qui lui est collée. Voici 20 surnoms royaux, et les vérités bien plus compliquées qui se cachent derrière eux.
1. Ptolémée XII « Auletes », le flûtiste
Ce nom semble anodin, presque charmant. En réalité, Ptolémée XII a dépensé une fortune pour s’attirer les faveurs de Rome, s’est fait chasser d’Égypte lors d’une révolte et n’a retrouvé son trône qu’en y faisant son retour derrière les soldats romains. Ce n’est pas vraiment le parcours d’un musicien.
2. Ptolémée VIII « Physcon », « le Ventru »
Un surnom inventé uniquement pour se moquer de son physique et de sa personnalité. Le véritable scandale de Physcon était toutefois d’ordre familial : il épousa sa sœur Cléopâtre II, puis leur nièce Cléopâtre III, sans prendre la peine de divorcer de sa première épouse. Ce triangle amoureux contribua à plonger l’Égypte dans la guerre civile.
3. Caligula, « Little Boots »
Il était adorable, ce petit garçon qui suivait les pas des soldats de son père, vêtu d’un uniforme militaire miniature, d’où le surnom que les troupes lui avaient donné. Mais cette phase « mignonne » n’a pas survécu à l’âge adulte. Quatre ans après son accession au trône impérial, la Garde prétorienne, l’élite des gardes du palais de Rome, a décidé qu’il devait disparaître et l’a assassiné.
4. Æthelred le Malavisé
On pense souvent que cela signifie simplement qu’il a été pris au dépourvu. Il s’agit en réalité d’un jeu de mots sur une expression du vieil anglais signifiant « mal conseillé », une pique visant la qualité des conseillers qui l’entouraient. Étant donné que son règne a été marqué par des raids vikings incessants et qu’il s’est achevé par la conquête danoise, la plaisanterie a fait mouche et est restée dans les mémoires.
5. Guillaume le Bâtard
William fut la cible de railleries parce qu’il était né de parents non mariés, ce qui constituait un sérieux handicap dans un monde obsédé par la légitimité successorale. Sa victoire à la bataille d’Hastings en 1066 redora son image du jour au lendemain. Cette bataille controversée lui valut un nouveau surnom : Guillaume le Conquérant.
6. Jean sans Terre
En tant que plus jeune fils d’Henri II, Jean n’était pas censé hériter de grand-chose, d’où son surnom de « Sans-Terre ». Ce surnom, qui lui allait comme un gant, l’a suivi même après son accession au trône. Il a perdu d’immenses portions du territoire français, s’est constamment heurté à ses propres barons et a finalement dû faire face à la rébellion qui a conduit à l’adoption de la Magna Carta.
7. Richard Cœur de Lion
Courageux, habile et intrépide au combat, certes. Mais Richard s’est également rebellé contre son propre père avant de devenir roi. Lors de la troisième croisade, après l’échec des négociations à Acre, il a ordonné l’exécution de milliers de prisonniers musulmans. Ce détail est rarement mentionné dans la version édulcorée de l’histoire du héroïque « Cœur de Lion ».
8. Édouard de Woodstock, le Prince Noir
Comme personne ne l’appelait ainsi de son vivant, les historiens se demandent encore aujourd’hui si ce surnom faisait référence à son armure, à ses armoiries ou à sa réputation sur les champs de bataille. Édouard est resté dans les mémoires pour ses victoires militaires, mais celles-ci s’accompagnaient des conséquences les plus sombres de la guerre.
9. Édouard Ier, « le Marteau des Écossais »
Un titre qui laisse entendre qu’il aurait écrasé la résistance écossaise une fois pour toutes. Ce n’est pas le cas. Ses campagnes brutales au Pays de Galles et en Écosse lui ont valu d’être redouté, mais le conflit qu’il a déclenché en Écosse a continué de faire rage bien après sa mort, alimentant des décennies de combats que son surnom a commodément passé sous silence.
10. Charles II de Navarre, dit « le Mauvais »
Peu de surnoms sont aussi directs, et peu sont aussi mérités. Charles était passé maître dans l’art de changer de camp, de conclure des accords louches et d’exploiter la Guerre de Cent Ans à des fins personnelles. Les complots d’assassinat et les trahisons à répétition ne cessaient de le poursuivre. « Le Méchant » n’est pas un surnom subtil, mais il est tout à fait justifié.
11. Charles VI de France, dit « le Bien-Aimé » et « le Fou »
Il a commencé par être « le Bien-aimé », un jeune roi prometteur salué pour avoir enfin pris les rênes de son propre gouvernement. Mais il a fini par être en proie à des crises récurrentes de grave maladie mentale, et la France a sombré dans un chaos politique toujours plus profond et dans des luttes intestines au sein de la famille royale. À la fin, « le Fou » avait effacé toute trace des éloges d’autrefois.
12. Pierre Ier de Castille, dit « le Cruel » ou « le Juste »
Tout dépend à qui on pose la question. Ses ennemis le surnommaient « le Cruel ». Ses partisans affirmaient quant à eux qu’il était « le Juste ». Les deux camps décrivaient le même règne marqué par la violence, les nobles rébellions et la guerre civile. Aucun surnom n’a jamais réussi à rendre compte de l’ensemble de la situation.
13. Marie Ire, « Marie la Sanglante »
Près de 300 protestants furent exécutés dans le cadre de la campagne menée par Marie pour rétablir le catholicisme en Angleterre, et ce sinistre chiffre devint l’image emblématique de son règne. La crainte de « Marie la Sanglante » perdura longtemps après sa mort, même si son règne ne se résumait pas à ces seules exécutions.
14. Jeanne de Castille, « Jeanne la Folle »
Joanna a hérité à la fois de la Castille, puis de l’Aragon, mais elle a passé la majeure partie de sa vie d’adulte enfermée, tandis que son père, puis son fils, régnaient à sa place. On ignore encore si elle souffrait réellement d’une maladie mentale. Ce qui est certain, c’est que la tenir à l’écart arrangeait grandement les hommes qui l’entouraient.
15. Charles II d'Espagne, « l'Envoûté »
Sa maladie chronique avait convaincu son entourage qu’il était victime d’une malédiction, d’où le surnom de « l’Envoûté ». Des générations de mariages consanguins au sein de sa famille ont sans doute contribué à sa mauvaise santé, même si cela ne suffit pas à expliquer toutes ses souffrances. Lorsqu’il mourut sans héritier en 1700, l’Europe fut plongée dans une guerre pour savoir qui hériterait de son trône.
16. Ivan IV, « Ivan le Terrible »
Le terme russe d’origine se rapproche davantage de « redoutable » ou « impressionnant » que du mot anglais moderne « terrible ». Il n’en reste pas moins que ses dernières années ont donné aux gens de nombreuses raisons légitimes d’avoir peur, notamment la violente campagne de l’oprichnina et les purges brutales menées contre ceux qu’il considérait comme ses ennemis. La traduction n’est peut-être pas parfaite, mais la terreur, elle, ne l’était pas.
17. Vlad III, dit « l'Empaleur »
Il s’est forgé son surnom à la dure, en recourant à sa technique fétiche d’empalement pour terroriser aussi bien ses ennemis que ses sujets. Les légendes ultérieures, notamment le mythe de Dracula, y ont ajouté des détails encore plus sensationnels. Mais si l’on fait abstraction du folklore, Vlad était déjà suffisamment tristement célèbre en soi.
18. Ibrahim, « le Fou »
Ibrahim a passé des années enfermé dans le palais ottoman, vivant dans la crainte constante d’être exécuté, à l’instar de plusieurs de ses proches avant lui. Son règne a fini par sombrer dans les troubles, sa destitution, puis son exécution. Le qualifier simplement de « le Fou » occulte l’isolement, la peur et la violence qui ont en réalité marqué sa vie.
19. Charles II, le « roi joyeux »
Après des années d’austérité puritaine, la cour de Charles II a réintroduit le théâtre, les spectacles et les nombreuses maîtresses, ce qui lui a valu ce titre à la consonance enjouée. Mais derrière ce surnom de « joyeux » se cache une réalité plus amère : ses enfants illégitimes, qu’il reconnaissait ouvertement, et ses liaisons très médiatisées ont alimenté les ragots tout au long de son règne.
20. George III, le « roi fou »
Tout au long de son long règne, George III a dû faire face à des épisodes répétés et graves de maladies physiques et mentales. La plupart des gens se souviennent surtout de lui sous le surnom de « roi fou », mais cette appellation réduit à une simple boutade un combat médical véritablement douloureux et passe commodément sous silence les nombreuses années pendant lesquelles il a effectivement gouverné entre ces épisodes.