L’histoire militaire regorge de batailles gigantesques, mais certaines opérations sortent du lot parce que leurs plans semblent trop étranges, ambitieux ou dangereux pour avoir pu être approuvés. Des commandants ont eu recours à des cadavres porteurs de faux documents, à des bombes rebondissantes, à des sous-marins miniatures, à des bateaux de pêche camouflés et à une puissance de feu écrasante, le tout dans le seul but d’abattre un arbre. Certaines de ces missions ont remarquablement bien fonctionné, tandis que d’autres sont restées célèbres pour avoir mal tourné d’une manière que leurs planificateurs n’avaient pas anticipée. Voici 20 opérations militaires qui montrent à quel point la guerre peut devenir créative et imprévisible lorsque les idées conventionnelles ne semblent plus suffisantes.
1. Opération Mincemeat
En 1943, les services secrets britanniques ont déguisé un cadavre en officier des Royal Marines et y ont glissé de faux documents relatifs à une invasion. Le corps a été abandonné près des côtes espagnoles dans l’espoir que ces documents parviennent aux services secrets allemands et convainquent les dirigeants nazis que les Alliés prévoyaient d’envahir la Grèce et la Sardaigne plutôt que la Sicile. La supercherie a fonctionné, faisant de cet homme, qui ne s’était en réalité jamais enrôlé, l’un des agents les plus efficaces de la Seconde Guerre mondiale.
2. Opération Fortitude
Avant le jour J, les Alliés ont mis en place une armée fictive censée se préparer à envahir la France au Pas-de-Calais. Des chars gonflables, de faux messages radio, des avions factices et des agents doubles ont contribué à rendre cette force fictive particulièrement crédible. L’Allemagne a continué à se préparer à une attaque ailleurs, même après le début du débarquement des troupes alliées en Normandie, ce qui a donné à la véritable invasion un précieux répit.
3. Opération Chariot
Le plan britannique visant à détruire la cale sèche « Normandie » à Saint-Nazaire consistait à bourrer d’explosifs un destroyer obsolète et à le faire percuter délibérément les portes. Le HMS Campbeltown remonta un estuaire fortement défendu, camouflé pour ressembler à un navire de guerre allemand, puis accéléra sous le feu ennemi et éperonna le dock à pleine vitesse. Des commandos se déversèrent de l’épave pour démolir les machines situées à proximité, tandis que les charges cachées à bord du navire explosèrent quelques heures plus tard, rendant le dock inutilisable pour le reste de la guerre. Il s’agissait en substance d’une bombe flottante à sens unique combinée à un raid de commandos, et, d’une manière ou d’une autre, cela fonctionna.
4. Opération « Chastise »
Ce célèbre raid des « Dambusters » a nécessité que les équipages britanniques volent à très basse altitude et larguent des bombes spécialement conçues pour rebondir sur l’eau. Ces armes inhabituelles devaient franchir les filets anti-torpilles avant de frapper les barrages allemands de la vallée de la Ruhr. L’opération a permis de détruire deux barrages majeurs, mais les inondations qui en ont malheureusement résulté ont également causé la mort d’un grand nombre de civils, de prisonniers et de travailleurs forcés.
5. Opération Gunnerside
Une petite équipe de commandos norvégiens a traversé à ski un paysage gelé pour saboter l’usine d’eau lourde de Vemork, en Norvège occupée par les Allemands. Ils ont pénétré dans le site, y ont placé des explosifs, puis se sont échappés sans tirer un seul coup de feu ni perdre aucun membre de leur groupe d’assaut. L’attaque a détruit des équipements essentiels ainsi que des centaines de kilogrammes d’eau lourde destinés au programme de recherche nucléaire allemand.
6. Opération Anthropoid
Des agents tchécoslovaques ont été parachutés sur leur pays occupé avec pour mission d’assassiner Reinhard Heydrich, l’un des responsables les plus puissants de l’Allemagne nazie. Leur première tentative à Prague a failli échouer à cause d’un enrayage, mais une grenade a blessé Heydrich, qui est décédé quelques jours plus tard. L’opération a atteint son objectif, même si les nazis ont riposté par d’horribles représailles contre la population civile tchèque.
7. Opération Jericho
En février 1944, des bombardiers Mosquito de la Royal Air Force ont attaqué les murs et les bâtiments de garde de la prison d’Amiens, en France occupée. L’objectif était de créer des voies d’évasion pour les membres de la Résistance et les prisonniers politiques qui risquaient, selon les informations disponibles, d’être exécutés. Bombarder une prison pour libérer ses détenus était un pari extraordinaire, et 258 prisonniers ont réussi à s’échapper par les brèches ainsi créées.
8. Opération Source
La Grande-Bretagne a utilisé de minuscules sous-marins de classe X pour s’approcher des navires de guerre allemands qui se cachaient dans les eaux norvégiennes, fortement défendues. Leurs équipages ont placé des charges explosives sous le cuirassé Tirpitz, alors même que le fait de se faufiler à travers les filets de protection et les champs de mines ne laissait guère de marge d’erreur. L’attaque a gravement endommagé cet énorme navire et l’a mis hors de combat pendant des mois, malgré la perte de tous les sous-marins miniatures engagés dans l’opération.
9. Opération « Vengeance »
Après que les décrypteurs américains eurent pris connaissance de l’itinéraire détaillé de l’amiral Isoroku Yamamoto, les États-Unis organisèrent une mission visant à intercepter son avion. Des chasseurs P-38 empruntèrent un itinéraire exceptionnellement long à basse altitude pour éviter d’être repérés, avant d’arriver exactement au bon endroit et au bon moment. Ils abattirent le bombardier de Yamamoto en avril 1943, transformant ainsi des documents interceptés en une embuscade aérienne d’une précision remarquable.
10. Opération Hailstone
La lagune de Truk était l’une des bases navales les plus importantes du Japon, et les États-Unis l’ont attaquée avec une imposante force aéronavale en février 1944. En l’espace de deux jours, les avions et les navires américains ont détruit des centaines d’appareils et coulé plusieurs navires de guerre et navires marchands. L’ampleur et la rapidité de l’assaut ont suscité des comparaisons avec Pearl Harbor, sauf que cette fois-ci, c’était le Japon qui subissait l’attaque.
11. Opération Cottage
En 1943, les troupes américaines et canadiennes débarquèrent sur l’île de Kiska, dans l’archipel des Aléoutiennes, s’attendant à livrer un combat difficile contre les défenseurs japonais. Ces derniers s’étaient en réalité évacués en secret quelques semaines plus tôt, mais la mauvaise visibilité, les mines, les accidents et les tirs amis causèrent tout de même des centaines de victimes parmi les Alliés. Cette opération militaire resta l’un des rares cas où une île inoccupée parvint à riposter.
12. Opération Market Garden
Les Alliés ont tenté de mettre rapidement un terme à la Seconde Guerre mondiale en larguant des dizaines de milliers de parachutistes aux Pays-Bas en septembre 1944. Les parachutistes devaient s’emparer d’une série de ponts tandis qu’une colonne terrestre filait à toute allure sur une route étroite pour venir à leur secours. Ce plan était d’une ambition vertigineuse, mais la résistance ennemie, des retards et des défaillances des services de renseignement ont empêché les Alliés de s’emparer du dernier pont, à Arnhem.
13. Opération Overlord
Le débarquement en Normandie a nécessité des années de préparation secrète, un déploiement massif de personnel et de matériel, ainsi qu’une coordination entre les forces terrestres, aériennes et navales. Le 6 juin 1944, les troupes alliées ont traversé la Manche et ont attaqué un littoral fortement défendu, dans ce qui est devenu le plus grand débarquement amphibie de l’histoire. Cette opération a permis de débarquer une armée entière sur les côtes de la France occupée.
14. Opération « Thunderbolt »
Lorsque des pirates de l’air ont pris des otages à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, des commandos israéliens ont parcouru des milliers de miles pour les secourir. La force d’assaut s’est approchée du terminal à bord de véhicules, parmi lesquels figurait une Mercedes noire destinée à ressembler au cortège du dictateur ougandais Idi Amin. La plupart des otages ont été secourus au cours d’une opération qui a duré moins d’une heure, mais trois otages et le commandant de la mission, Yonatan Netanyahu, ont été tués.
15. Opération Paul Bunyan
Un différend concernant un peuplier situé dans la zone démilitarisée coréenne a tourné au drame lorsque des soldats nord-coréens ont tué deux officiers américains en 1976. Les États-Unis et la Corée du Sud sont revenus pour abattre l’arbre à l’aide de tronçonneuses, avec le soutien de centaines de soldats, d’hélicoptères d’attaque, d’avions de chasse et de bombardiers. Il s’agissait sans doute de l’opération d’aménagement paysager la plus fortement sécurisée jamais entreprise, et l’arbre a été abattu sans qu’aucun autre affrontement majeur n’ait lieu.
16. Opération Nimrod
En 1980, des soldats du SAS ont pris d’assaut l’ambassade d’Iran à Londres, mettant fin à une prise d’otages qui avait duré six jours. Vêtus d’uniformes noirs et portant des masques, les équipes se sont descendues en rappel depuis le toit, ont fait sauter des fenêtres et ont pénétré dans plusieurs parties du bâtiment presque simultanément. Une grande partie de l’assaut s’est déroulée en direct à la télévision, propulsant soudainement au rang de célébrité mondiale une unité des forces spéciales jusque-là très discrète.
17. Opération « Eagle Claw »
En 1980, les États-Unis ont planifié une mission extrêmement complexe visant à secourir des otages américains détenus à Téhéran. Des avions et des hélicoptères devaient se retrouver en secret dans le désert iranien avant que des commandos ne pénètrent dans la capitale, ne libèrent les otages et ne s’échappent depuis un aérodrome pris d’assaut. Des pannes mécaniques, une tempête de sable et une collision mortelle ont contraint les forces américaines à abandonner la mission avant même que la tentative de sauvetage ne puisse commencer.
18. Opération « Praying Mantis »
Après que la frégate USS Samuel B. Roberts eut heurté une mine iranienne en 1988, les États-Unis lancèrent une vaste riposte navale. Les forces américaines attaquèrent des plateformes pétrolières et engagèrent le combat contre des navires iraniens lors de la plus grande opération de surface menée par la marine américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. À l’issue de cette opération qui ne dura qu’une journée, deux navires iraniens avaient été coulés, un autre était gravement endommagé et deux plateformes à usage militaire avaient été détruites.
19. Opération Jaywick
Quatorze commandos et marins alliés se sont rendus à Singapour, alors occupée par les Japonais, à bord d’un navire déguisé en simple bateau de pêche asiatique. À proximité du port, les assaillants sont passés à des canoës pliants, ont pagayé vers la flotte ennemie et ont fixé des mines magnétiques à plusieurs navires. Ils se sont échappés sans perdre un seul membre de leur équipe, tandis que leurs explosifs ont coulé ou endommagé six navires.
20. Opération Ten-Go
En avril 1945, le Japon envoya l’énorme cuirassé Yamato vers Okinawa avec juste assez de carburant pour une mission aller simple. Le navire devait s’échouer sur le rivage et servir de batterie d’artillerie fixe après avoir attaqué la flotte d’invasion alliée. Les avions embarqués américains le coulèrent avant qu’il n’atteigne l’île, mettant ainsi un terme dévastateur à l’un des plans navals les plus désespérés de l’histoire.