Les sièges n’ont jamais été de simples affrontements entre assaillants et remparts. Les armées détournaient le cours des rivières, creusaient des tunnels souterrains, affamaient les villes, construisaient d’énormes machines et allaient même jusqu’à aménager des routes traversant des étendues marines lorsque les attaques conventionnelles s’avéraient insuffisantes. Une seule tactique couronnée de succès pouvait permettre de prendre une capitale, de détruire les défenses d’un royaume ou de faire basculer le contrôle de toute une région ; c’est pourquoi ces 20 tactiques de siège ont changé le cours de l’histoire des empires.
1. César a encerclé Alésia à deux reprises
À Alésia, en 52 av. J.-C., Jules César dirigea la construction de fortifications faisant face à la fois aux Gaulois assiégés et à l’armée de secours attendue à l’extérieur. Les Romains parvinrent ainsi à se protéger efficacement tout en menant simultanément un siège. Vercingétorix finit par se rendre, contribuant ainsi à la conquête de la Gaule par Rome et renforçant l’emprise politique de César.
2. Alexandre a fait construire une route menant à Tyr
La situation insulaire de Tyr posait un énorme problème à Alexandre le Grand en 332 av. J.-C. ; ses troupes construisirent donc une chaussée reliant l’île au continent. Les machines de siège purent ainsi être rapprochées de la ville tandis qu’Alexandre rassemblait son armée pour affronter la puissance navale tyrienne.
3. Les machines de Syracuse contre les navires
Au cours du siège de Syracuse par Rome, qui débuta en 214 av. J.-C., les défenseurs tirèrent parti de machines traditionnellement associées à Archimède. Des récits antiques décrivent des pièces d’artillerie et des engins mécaniques qui contrecarrèrent les tentatives romaines de s’approcher des remparts par la mer. Rome finit par s’emparer de la ville grâce à une stratégie combinant infiltration et pression constante, mettant ainsi fin à l’indépendance de Syracuse.
4. Rome a fait construire une rampe à Massada
Située au sommet d’un plateau escarpé, Massada offrait à ses défenseurs une protection naturelle considérable pendant la première guerre judéo-romaine. Les troupes romaines construisirent néanmoins une imposante rampe d’assaut contre le flanc ouest et acheminèrent du matériel de siège vers la forteresse. Sa prise démontra à quel point l’ingénierie romaine était capable de surmonter tant les obstacles géographiques que des défenses solidement construites.
5. Les croisés ont fait rouler des tours en direction de Jérusalem
En 1099, la première croisade ne disposait pas, dans un premier temps, du matériel nécessaire pour venir à bout des impressionnantes défenses de Jérusalem. Après s’être procuré du bois et des provisions, les croisés construisirent des tours de siège, des échelles et d’autres équipements en vue d’un assaut coordonné.
6. Saladin a isolé Jérusalem
Lorsque Saladin assiégea Jérusalem en 1187, ses troupes combinèrent les bombardements à des attaques ciblées sur les points faibles des défenses. La reddition de Jérusalem ramena la ville sous domination musulmane et bouleversa radicalement la situation politique à laquelle étaient confrontés les États croisés.
7. Les Mongols ont recruté des spécialistes du siège
Les armées mongoles avaient compris qu’une excellente cavalerie ne suffisait pas à elle seule pour vaincre de manière sûre et sans difficulté des villes solidement fortifiées. Au cours de leurs campagnes en Asie et au Moyen-Orient, elles ont intégré dans leurs rangs des ingénieurs et des spécialistes des sièges issus des populations conquises ou alliées, ce qui leur a permis de mettre en œuvre des techniques spécialisées d’artillerie et de sape.
8. Bagdad a dû faire face à un déploiement massif de machines de siège
L’armée mongole d’Hulagu encercla Bagdad en 1258 et soumit ses défenses à une série d’opérations de siège acharnées. Bagdad tomba rapidement, mettant fin de manière abrupte et dévastatrice à l’autorité politique effective du califat abbasside sur la ville.
9. Les trébuchets à contrepoids ont contribué à la prise de Xiangyang
Xiangyang et la ville voisine de Fancheng ont résisté pendant des années aux forces mongoles grâce à leurs fortifications et à leur accès au fleuve, ce qui en faisait des cibles particulièrement difficiles à prendre. L’introduction, dans les dernières phases du siège, de puissants trébuchets à contrepoids a renforcé la capacité des assiégeants à attaquer les défenses à plus longue distance. Leur chute en 1273 a levé un obstacle majeur à la conquête mongole de la dynastie des Song du Sud.
10. Les sapeurs mamelouks ont sapé les fondations d'Acre
En 1291, les Mamelouks attaquèrent Acre avec de l’artillerie, de l’infanterie et des ingénieurs capables de venir à bout de ses redoutables défenses. Une fois Acre tombée, les États croisés perdirent leur principal bastion sur le continent, ce qui mit effectivement fin à leur présence territoriale le long de la côte levantine.
11. Les forces françaises ont attaqué les bastilles anglaises
Le siège d’Orléans par les Anglais reposait sur des positions fortifiées encerclant les principales voies d’accès à la ville. En 1429, les troupes françaises, sous le commandement notamment de Jeanne d’Arc, lancèrent des attaques énergiques contre plusieurs de ces positions au lieu de se retrancher derrière les défenses d’Orléans. Les Anglais finirent par se retirer, et cette victoire permit à la France de reprendre l’avantage pendant la Guerre de Cent Ans.
12. Les canons ottomans ont pris d'assaut Constantinople
Les remparts de Constantinople avaient résisté aux assaillants pendant des siècles, mais Mehmed II arriva en 1453 avec une importante artillerie à poudre. Les canons ottomans pilonnèrent sans relâche certaines sections des fortifications, tandis que les assauts de l’infanterie maintenaient les défenseurs byzantins sous une pression constante. La prise de la ville marqua la fin de l’Empire byzantin et fit de Constantinople la nouvelle capitale de l’Empire ottoman.
13. Les navires ottomans ont contourné la chaîne de ports
Les Byzantins protégeaient la Corne d’Or à l’aide d’une vaste chaîne défensive qui empêchait les navires de guerre ottomans de pénétrer facilement dans le port. Mehmed II réagit en faisant transporter ses navires par voie terrestre sur un itinéraire spécialement aménagé, puis en les remettant à l’eau depuis l’intérieur des eaux protégées.
14. L'Espagne a construit une flotte pour Tenochtitlan
La situation géographique de Tenochtitlan, au cœur du lac Texcoco, faisait du contrôle des eaux environnantes un élément stratégique crucial en 1521. Hernán Cortés utilisa des brigantins pour contrer les pirogues aztèques, appuyer les combats le long des chaussées et renforcer le blocus, tandis que ses alliés indigènes lui fournissaient une grande partie de ses effectifs.
15. Les Ottomans ont posé des mines sous Rhodes
Rhodes disposait de fortifications redoutables lorsque Soliman le Magnifique assiégea les Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean en 1522. Après plusieurs longs mois de combats, les défenseurs négocièrent leur départ, renforçant ainsi le contrôle ottoman sur d’importantes routes maritimes de la Méditerranée orientale.
16. Les défenseurs de Malte ont concentré leur résistance
Lors du Grand Siège de Malte en 1565, les Hospitaliers et leurs alliés ont dû faire face à une expédition ottomane bien plus imposante. Plutôt que d’essayer de défendre chaque site avec le même engagement, ils se sont largement appuyés sur un réseau de fortifications reliées entre elles autour des principaux ports, tout en menant des contre-attaques dès que l’occasion se présentait.
17. Les défenseurs ont transformé l'exploitation minière en « contre-exploitation minière »
Au début de l’époque moderne, les assaillants creusaient de plus en plus souvent des tunnels sous les fortifications pour y placer des explosifs ou provoquer l’effondrement des murs de défense. Les ingénieurs de la garnison réagissaient en tendant l’oreille pour détecter les travaux souterrains et en creusant des contre-mines afin d’intercepter les tunnels ennemis.
18. Candia s'est transformée en une guerre de tranchées
Le siège ottoman de Candia, en Crète, alors aux mains des Vénitiens, s’est déroulé de 1648 à 1669, ce qui en fait l’un des sièges majeurs les plus longs de l’histoire. Les assaillants ont progressé lentement à travers des tranchées, des positions d’artillerie et un vaste réseau de galeries souterraines, tandis que les défenseurs faisaient de leur mieux pour réparer les dégâts et lancer des contre-attaques efficaces.
19. Les défenseurs de Vienne se sont battus dans la clandestinité
Lors du siège de Vienne par les Ottomans en 1683, le creusement de galeries devint l’un des principaux moyens utilisés par les assaillants pour venir à bout des défenses de la ville. Vienne tint bon jusqu’à l’arrivée d’une armée de secours, ce qui mit fin à une tentative majeure des Ottomans d’étendre leur emprise plus profondément en Europe centrale.
20. Vauban a systématisé les sièges
Sous Louis XIV, l’ingénieur français Sébastien Le Prestre de Vauban a perfectionné l’art du siège en en faisant une série d’étapes très bien organisées. Ses méthodes ont permis à la France de s’emparer efficacement de places fortes et ont influencé l’art du siège en Europe pendant des générations.