Chaque époque invente sa propre définition de la beauté, et ce qui était considéré comme élégant il y a quelques siècles impliquait parfois de réels dommages physiques, allant des pieds étroitement bandés à la peau blanchie au plomb. Des secteurs entiers se sont développés autour de la recherche d’une apparence qui ferait frémir un dermatologue moderne. Avec le recul, il s’agit moins de juger le passé que de constater à quelle vitesse un idéal de beauté peut passer de l’admiration à l’inconcevable. Voici 20 canons de beauté historiques qui feraient froncer les sourcils si quelqu’un tentait de les appliquer aujourd’hui.
1. Visages recouverts de plomb blanc en poudre
Dans l’Angleterre élisabéthaine, une peau pâle et blanche comme de la poudre était signe de richesse et d’oisiveté, car un teint hâlé signifiait que l’on gagnait sa vie en travaillant à l’extérieur. Les femmes mélangeaient du plomb blanc à du vinaigre pour obtenir ce teint fantomatique, sans se rendre compte que cette poudre empoisonnait lentement leur peau. Plus on avait l’air pâle, plus on était censé avoir un rang social élevé.
2. L’ohaguro, ou les dents délibérément noircies
Au Japon, les femmes mariées et les membres de l’aristocratie se teignaient les dents en noir de jais à l’aide d’une solution à base de fer, et un sourire d’un blanc éclatant était considéré comme inachevé. Cette coutume a perduré pendant des siècles avant de passer de mode à la fin du XIXe siècle. Une bouche pleine de dents noires était autrefois un signe de maturité et de bon goût.
3. Des sourcils reliés dessinés au pinceau
Les femmes de la Grèce antique ne s’épilaient pas les sourcils pour les séparer ; elles accentuaient au contraire leur union à l’aide de suie ou de poudre foncée, car un sourcil unique et épais était associé à l’intelligence et à la droiture. Celles qui ne parvenaient pas à en faire pousser un naturellement utilisaient des poils de chèvre pour simuler cet effet. Personne ne souhaitait avoir un espace entre les sourcils.
4. Des tempes rasées pour un front plus haut
Les femmes de la Renaissance s’épilaient la racine des cheveux et les sourcils pour agrandir leur front autant que possible, à la recherche d’une silhouette ovale, synonyme de noblesse et de raffinement. Un front jugé trop bas ou trop couvert de cheveux était considéré comme peu attrayant. Les portraits de cette époque ne laissent pratiquement plus apparaître de sourcils une fois que cette mode a atteint son apogée.
5. Des tailles réduites à néant
Les corsets victoriens visaient à créer une silhouette en sablier si extrême que, chez certaines femmes, les côtes finissaient par se déboîter au fil des années passées à se laisser serrer. L’objectif était d’obtenir une taille si fine qu’elle en devenait presque invisible sous une jupe ample et des manches volumineuses. Les évanouissements étaient fréquents, mais on les acceptait comme le prix à payer pour être à la mode.
6. Les pieds bandés
Pendant des siècles, en Chine, on bandait étroitement les pieds des jeunes filles afin de les maintenir petits, ce qui leur donnait cette forme compacte et incurvée connue sous le nom de « pieds de lotus ». Ce processus déformait les os et limitait définitivement la mobilité, mais ces pieds minuscules étaient considérés comme le summum de la féminité et un atout pour le mariage. Cette pratique n’a été interdite qu’au début du XXe siècle.
7. Cols allongés avec des spirales en laiton
Chez le peuple Kayan, au Myanmar et en Thaïlande, les femmes portent depuis des générations des anneaux en laiton empilés autour du cou, ce qui abaisse progressivement la clavicule pour créer l’illusion d’un cou d’une longueur incroyable. Ce look est un signe de beauté et de statut social au sein de la communauté, même s’il attire les regards des étrangers. Il fait encore partie de certaines traditions kayanes aujourd’hui, bien après que la plupart des tendances occidentales en matière de beauté se soient tournées vers autre chose.
8. Les corps voluptueux et aux formes généreuses
Les peintres de la Renaissance et de l’époque baroque peuplaient leurs toiles de femmes rondes aux formes généreuses, car cette silhouette plus pulpeuse symbolisait la richesse et la fertilité à une époque où la pénurie alimentaire était courante. La minceur était alors perçue comme un signe de pauvreté ou de maladie, et non comme le fruit d’une discipline. Rubens a bâti toute sa réputation artistique autour de corps que la culture alimentaire moderne inciterait aujourd’hui à affiner.
9. Des têtes rasées sous des perruques poudrées
Au XVIIIe siècle, les aristocrates français se rasaient souvent la tête ou se coupaient les cheveux très courts, puis enfilaient par-dessus des perruques poudrées très élaborées pouvant atteindre plus d’un pied de haut. Ces perruques étaient devenues si volumineuses et si lourdes que certaines nécessitaient même une armature métallique pour rester en place. Sous toute cette poudre et ce crin de cheval, la plupart des têtes étaient presque chauves.
10. Dents limées et pointues
Dans certaines régions de l’ancienne Mésoamérique et de l’Asie du Sud-Est, limer les dents pour leur donner une forme pointue ou y incruster du jade était considéré comme un signe de beauté et de prestige, et non comme quelque chose à cacher. Les élites mayas se faisaient réaliser des travaux dentaires précisément pour se démarquer de la foule. Une bouche pleine de dents naturellement droites et non modifiées n’aurait impressionné personne.
11. Crânes aplatis
La noblesse maya maintenait la tête des nourrissons entre deux planches pendant les premières années de leur vie, modelant progressivement leur crâne pour lui donner une forme allongée et inclinée, synonyme de prestige et de beauté. Cette pratique commençait dès la petite enfance, car les os étaient alors suffisamment mous pour être remodelés sans grande résistance. Les adultes qui avaient subi ce traitement arboraient cette forme allongée comme un symbole permanent de leur haute naissance.
12. Des sourcils à peine visibles
Dans les années 1920, les « flappers » s’épilaient les sourcils jusqu’à les réduire presque à néant, puis redessinaient au crayon une fine arche haute pour arborer une expression délibérément surprise. À cette époque, les sourcils fournis et naturels étaient considérés comme démodés et négligés. Certaines femmes se sont épilées si intensément au fil des ans que leurs sourcils n’ont jamais repoussé complètement.
13. Plaques labiales étirées
Chez les peuples Mursi et Suyá, certaines femmes insèrent dans leur lèvre inférieure percée des disques d’argile ou de bois de plus en plus grands, qu’elles étirent au fil des mois, voire des années, en signe de maturité et de beauté au sein de la communauté. La taille du disque peut revêtir une réelle signification sociale, notamment en termes de statut lié au mariage.
14. Des dents qui ont l'air abîmées, un symbole de statut social
Dans l’Angleterre élisabéthaine, le sucre était si cher que les dents pourries étaient devenues un signe de fierté involontaire, car seuls les riches pouvaient se permettre d’en consommer suffisamment pour abîmer leur sourire. Certaines personnes, qui n’avaient en réalité pas les moyens d’acheter beaucoup de sucre, auraient même noirci leurs dents exprès, juste pour simuler cet aspect. Une bouche pleine de caries finissait ainsi par être perçue comme la preuve d’une vie aisée.
15. Un parfum trop fort au lieu d'une toilette régulière
Dans de nombreuses cours royales européennes, on se lavait bien moins souvent que ne le suggérerait l’hygiène moderne, et on utilisait des parfums capiteux pour masquer ce que l’eau et le savon ne parvenaient pas à éliminer. Versailles, en particulier, s’est forgé une réputation grâce à l’utilisation de parfums destinés à masquer l’absence d’eau courante et d’un système de plomberie fiable. Il importait davantage de sentir bon que d’être réellement propre.
16. Les cicatrices de duel sur les visages allemands
Dans l’Allemagne du XIXe siècle, les associations universitaires d’escrime considéraient une cicatrice au visage obtenue lors d’un duel académique, appelée « Schmiss », comme une preuve de courage et de statut social. Certains étudiants auraient délibérément rouvert ou irrité la plaie afin de laisser une marque plus épaisse et plus visible. Une joue lisse et sans cicatrice suggérait que la personne n’avait pas mérité sa place parmi l’élite.
17. Des ongles extrêmement longs
En Chine, sous la dynastie Qing, les femmes de la haute société se laissaient pousser les ongles jusqu’à plusieurs pouces de long et les protégeaient à l’aide de protège-ongles ouvragés en or ou sertis de pierres précieuses, car cette longueur prouvait qu’elles n’effectuaient jamais de travaux manuels. Les tâches quotidiennes devenaient pratiquement impossibles à accomplir avec des ongles aussi longs, ce qui était justement le but recherché. L’inutilité elle-même était un symbole de statut social.
18. Pâleur due à la tuberculose
L’Angleterre victorienne idéalisait la peau pâle et les joues rougies, souvent associées à la tuberculose, considérant cette apparence maladive comme un signe de délicatesse et de raffinement. Les femmes utilisaient le maquillage pour imiter ce look, même sans être atteintes de la maladie. Une époque obsédée par la fragilité a construit tout son idéal de beauté autour de l’idée de paraître sur le point de s’éteindre.
19. Un espace entre les dents de devant
Les Européens du Moyen Âge considéraient un écart visible entre les dents de devant, que l’on appelle aujourd’hui « diastème », comme un signe de chance, voire de sensualité, un détail immortalisé dans les écrits de Chaucer. Aujourd’hui, les dentistes comblent souvent cet écart à l’aide d’appareils dentaires ou de résine adhésive. Ce qui était autrefois un trait physique apprécié est devenu un défaut que l’on paie pour faire corriger.
20. Lobes d'oreilles très étirés
Des Mayas à diverses cultures africaines et asiatiques, l’étirement des lobes d’oreilles à l’aide de bouchons en bois ou de bijoux en métal massif était un signe très répandu de statut social et de beauté. Dans certaines communautés, plus l’étirement était important, plus il symbolisait la maturité. Ce qui était autrefois un signe d’honneur apparaît aujourd’hui principalement comme un choix propre à une sous-culture de niche.