Vu de loin, le duel a quelque chose de noble, avec ses pistolets à l’aube et ses seconds qui mesurent le terrain. De plus près, on découvre généralement deux hommes adultes incapables de passer sous silence une remarque lancée à la légère. Les codes d’honneur étaient si stricts qu’une insulte lancée par inadvertance dans un mauvais cercle pouvait conduire quelqu’un au bord d’une rivière à l’aube, quelques semaines plus tard. Bon nombre des hommes impliqués n’avaient jamais tiré au pistolet de leur vie, mais s’y rendaient quand même. Voici 20 duels qui ont eu lieu pour des raisons qui semblent absurdes, quelle que soit la distance à laquelle on les considère.
1. Le duel de montgolfières
Deux Français, de Grandpré et le Pique, se sont rendu compte qu’ils avaient tous deux une liaison avec la même danseuse de l’Opéra de Paris et ont estimé qu’un duel classique n’était pas à la hauteur de leur dignité. Ils ont construit des ballons identiques et ont décollé des jardins des Tuileries avec leurs seconds à bord, puis se sont tirés dessus avec des tromblons depuis une hauteur d’environ quatre-vingts yards. Cette histoire remonte à un seul article de journal anglais datant de 1808 ; il s’agit donc peut-être davantage d’une légende que d’un fait historique.
2. Le nez de l'astronome
Tycho Brahe a perdu une partie de son nez lors d’un duel en 1566 contre Manderup Parsberg, un camarade d’études danois à Rostock qui était également son cousin au troisième degré. Les deux hommes se disputaient pour savoir lequel d’entre eux était le meilleur mathématicien. Brahe a porté un nez artificiel jusqu’à la fin de sa vie, et les deux hommes sont par la suite devenus de bons amis.
3. Lincoln et les Broadswords
Abraham Lincoln écrivit une lettre anonyme moqueuse à l’encontre du vérificateur des comptes de l’État, James Shields. Lorsque ce dernier découvrit l’auteur de la lettre, il exigea un démenti, puis un duel. Lincoln, en tant que partie mise au défi, choisit des sabres de cavalerie de la plus grande taille, puis aurait coupé une branche d’un arbre au-dessus de la tête de Shields pour démontrer sa portée. Leurs amis parvinrent à les calmer avant que quoi que ce soit ne se passe.
4. Une rancune vieille de dix-neuf ans
Un jeune officier du nom de Dupont fut chargé de transmettre un message fâcheux à François Fournier-Sarlovèze, qui fut tellement offensé par ce message qu’il défia le messager. Ils se livrèrent leur premier duel en 1794, puis au moins trente autres au cours des dix-neuf années suivantes, à cheval et à pied, au sabre et au pistolet. Dupont finit par l’emporter et fit promettre à Fournier de le laisser tranquille.
5. Bismarck et le budget de la marine
En 1865, Rudolf Virchow laissa entendre dans un discours que Bismarck n’avait soit pas lu un document important concernant le financement de la marine, soit n’était pas tout à fait honnête à ce sujet, et Bismarck le défia en duel à la suite de cette remarque. La célèbre version selon laquelle Virchow aurait choisi deux saucisses comme armes, dont l’une était infectée, semble être une invention ultérieure qui n’est apparue qu’une trentaine d’années plus tard. En réalité, Virchow refusa le duel et personne ne lui en tint rigueur.
6. La composition florale
La princesse Pauline Metternich et la comtesse Anastasia Kielmannsegg se seraient affrontées à la rapière au Liechtenstein en 1892 au sujet de la manière dont les fleurs devaient être disposées lors d’une exposition musicale à Vienne. Un médecin présent sur les lieux leur aurait suggéré de se mettre torse nu, partant du principe que des tissus sales enfoncés dans une plaie pouvaient provoquer une infection. Il n’existe aucune source primaire attestant ces faits, et la princesse elle-même a par la suite rejeté toute cette histoire, la qualifiant d’invention de journalistes italiens.
7. Haendel et le clavecin
À Hambourg, en 1704, Johann Mattheson eut fini de chanter son rôle dans son propre opéra et se rendit à sa place habituelle au clavecin, où jouait un jeune Georg Friedrich Haendel. La dispute se poursuivit à l’extérieur et dégénéra en duel à l’épée devant le théâtre. La lame de Mattheson heurta un bouton métallique du manteau de Haendel et se brisa, ce qui est la seule raison pour laquelle Le Messie existe.
8. Wellington se défend
Le duc de Wellington fut accusé par le comte de Winchilsea, dans une lettre ouverte, de comploter en secret pour faire progresser le catholicisme en Angleterre. Wellington, alors Premier ministre en exercice et vétéran de Waterloo, réagit en mettant le comte en duel en 1829. Wellington tira à côté et Winchilsea tira en l’air, mettant ainsi un terme à l’affaire par des excuses écrites.
9. Deux ministres du gouvernement
George Canning et Lord Castlereagh siégeaient au sein du même gouvernement britannique en 1809 et se livraient depuis des mois une lutte acharnée au sujet de la stratégie de guerre et de leurs fonctions respectives. Castlereagh le défia, et ils se retrouvèrent à Putney Heath, armés de pistolets. Canning n’avait jamais tiré de sa vie et fut touché à la cuisse.
10. Le pari hippique
Andrew Jackson et Charles Dickinson se sont disputés en 1806 à la suite d’un pari sur une course hippique, et la dispute a dégénéré en insultes à l’encontre de l’épouse de Jackson. Dickinson, meilleur tireur, a touché Jackson à la poitrine, si près du cœur que la balle y est restée à jamais. Jackson est resté debout assez longtemps pour viser et le tuer.
11. Une blague sur une tenue
Le poète Mikhaïl Lermontov ne cessait de se moquer, en public, du costume d’alpiniste théâtral de Nikolaï Martynov et de son poignard surdimensionné. Martynov finit par ne plus trouver cela drôle et le défia. Lermontov fut tué en 1841, à l’âge de vingt-six ans, quatre ans après avoir écrit un célèbre poème sur la mort de Pouchkine lors d’un duel.
12. Une mauvaise critique
En 1897, Jean Lorrain a publié une critique hostile du premier ouvrage de Marcel Proust, accompagnée de quelques insinuations acerbes sur la vie privée de ce dernier. Proust l’a alors défié en duel au pistolet. Les deux hommes ont tiré sans se toucher, puis Proust est rentré chez lui pour finalement écrire un livre bien plus volumineux.
13. Dans quelle région y avait-il le plus de gibier ?
En 1765, William Byron et son parent William Chaworth se sont disputés dans une taverne de Londres pour savoir lequel des deux possédait le plus de gibier à plumes sur son domaine. Ils se sont rendus dans une petite pièce à l’étage, à la lueur d’une bougie, pour régler leur différend, et Chaworth a été mortellement blessé. Byron a été reconnu coupable d’homicide involontaire par la Chambre des lords, mais il a été remis en liberté.
14. Le duel à nu
Humphrey Howarth était un chirurgien qui savait que la plupart des décès survenus lors de duels étaient dus à une infection plutôt qu’à la balle elle-même, car c’était le tissu enfoncé dans la plaie qui causait la mort. Lorsqu’on le défia, il se rendit sur le lieu du duel et se déshabilla entièrement avant de prendre position. Son adversaire refusa de tirer sur un homme nu, et le duel fut annulé.
15. Fripon et menteur
Button Gwinnett signa la Déclaration d’indépendance et passa la majeure partie de l’année 1777 à se disputer avec Lachlan McIntosh au sujet de la politique en Géorgie et d’une expédition militaire qui s’était soldée par un échec. McIntosh le traita de « scélérat » et de « vaurien menteur » devant l’Assemblée de l’État, ce qui donna lieu à un duel. Les deux hommes furent touchés à la jambe, et Gwinnett succomba à une infection quelques jours plus tard.
16. Le mathématicien à vingt ans
La veille de son duel de 1832, Évariste Galois passa la nuit à coucher sur le papier ses idées mathématiques, en ajoutant dans les marges des notes indiquant qu’il manquait de temps. Il mourut le lendemain, à l’âge de vingt ans, apparemment pour une femme, mais les circonstances exactes de sa mort n’ont jamais été entièrement élucidées. Les travaux qu’il laissa derrière lui ont jeté les bases de toute une branche de l’algèbre.
17. Le duel que personne n'a gagné
En 1827, sur un banc de sable près de Natchez, Samuel Wells et Thomas Maddox tirèrent à deux à quatre coups sans toucher personne, puis se serrèrent la main. Leurs partisans, qui nourrissaient eux-mêmes de profondes rancunes, s’attaquèrent alors les uns les autres. Deux hommes trouvèrent la mort dans la bagarre qui suivit ce duel dont personne ne sortit vaincu.
18. L'habitude de Pouchkine de rester debout
Alexandre Pouchkine considérait le duel comme une sorte de passe-temps : il lançait ou acceptait des défis à la suite de parties de cartes ou de remarques qu’il jugeait inacceptables. La plupart de ces duels n’aboutissaient à rien. Celui qui fit la différence eut lieu en 1837, à la suite de lettres anonymes concernant son épouse, et coûta la vie au plus grand poète russe à l’âge de trente-sept ans.
19. Nomination d'un directeur de bureau de poste
Sam Houston était membre du Congrès en 1826 lorsqu’un différend concernant la nomination au poste de maître de poste à Nashville dégénéra en affrontement avec un certain William White. À ce moment-là, aucun des deux n’avait plus vraiment d’intérêt pour ce poste. Houston tira sur White à l’aine, et White survécut pour faire par la suite une remarque plutôt courtoise à ce sujet.
20. Tais-toi, idiot !
En 1967, Gaston Defferre s’est écrié « Taisez-vous, abruti ! » à l’adresse de René Ribière à l’Assemblée nationale française et a refusé de s’excuser. Ribière l’a alors provoqué en duel à l’épée, fixé à la veille de son propre mariage. Ribière a été blessé à deux reprises et a perdu ce qui reste à ce jour le dernier duel disputé en France.