L’histoire de la caravane de Donner se résume généralement à un seul mot : le cannibalisme. En réalité, cette catastrophe est bien plus tragique que cela. Pire encore, elle a en fait commencé plusieurs mois avant que quiconque ne se retrouve pris au piège dans la Sierra Nevada. Ce qui s’est passé durant l’hiver 1846-1847 était déjà suffisamment bouleversant sans y ajouter la légende locale, et les détails consignés révèlent à quel point un simple voyage en chariot pouvait mal tourner.
1. Ils étaient déjà dangereusement en retard
Le groupe principal quitta l’Illinois en 1846 et partit du Missouri quelques semaines plus tard, avec encore environ 2 500 miles à parcourir. Les voyageurs qui empruntaient la route terrestre devaient traverser la Sierra Nevada avant que la neige hivernale ne rende les montagnes impraticables, et ce départ tardif ne leur laissait guère de marge face aux retards qui ne tardèrent pas à s’accumuler.
2. Leur fameux « raccourci » n'avait pratiquement pas été testé
C’est le promoteur Lansford Hastings qui a proposé le « Hastings Cutoff ». Il pensait que cela permettrait de raccourcir leur voyage vers la Californie d’au moins quelques centaines de miles, bien qu’il n’ait jamais emprunté cet itinéraire en chariot au moment où il l’a recommandé. James Clyman, voyageur expérimenté qu’il était, fut le seul à mettre en garde contre cette option.
3. Ils ont dû construire eux-mêmes une route
Une fois arrivés dans les montagnes Wasatch, dans l’Utah, les émigrants se rendirent compte qu’il n’existait aucune route praticable pour leurs chariots ; ils durent donc mobiliser beaucoup de main-d’œuvre pour se frayer un chemin. Ils durent débroussailler, déplacer des obstacles et faire avancer leurs chariots à grand-peine sur un terrain accidenté, ce qui leur prit 18 jours.
4. Le désert du Grand Lac Salé a failli avoir raison d'eux
Même après s’être frayé un chemin, le convoi dut ensuite affronter une traversée à sec de 80 miles à l’ouest du Grand Lac Salé. Le pire, c’est que pratiquement tout le monde et tout ce qui les accompagnait en a souffert. Des bœufs ont disparu ou sont morts, des chariots ont dû être abandonnés, et tant les hommes que les animaux ont atteint l’autre rive gravement affaiblis.
5. Un homme âgé a été laissé pour compte
Au cours de ce périple vers l’Ouest de plus en plus périlleux, Luke Halloran Hardkoop, un immigrant belge âgé de 70 ans, ne parvint pas à suivre le rythme des chariots. Selon certains témoignages, il aurait été laissé derrière, n’ayant pas réussi à trouver de moyen de transport, malgré son âge et son état physique. Il disparut le long de la piste, et le groupe ne le revit jamais.
6. James Reed a tué un autre membre
Les esprits ont fini par s’échauffer lorsque James Reed s’est disputé avec le cocher John Snyder au cours du pénible périple le long de la rivière Humboldt. La situation a tellement dégénéré que Reed a fini par poignarder Snyder à la poitrine, ce qui lui a coûté la vie. L’expédition a préféré bannir Reed plutôt que de l’exécuter, une décision qui, curieusement, s’est avérée être à leur avantage par la suite. Reed faisait en effet partie de l’équipe de secours qui allait finalement sauver certains des voyageurs.
7. La neige les a bloqués
À la fin du mois d’octobre, tout le monde était épuisé, mais ils finirent par atteindre la Sierra Nevada… pour se retrouver face à de fortes chutes de neige. Ils tentèrent de la traverser, mais échouèrent, ce qui les laissa bloqués près du lac Truckee (aujourd’hui connu sous le nom de lac Donner).
8. Les Donner se sont retrouvés bloqués
La plupart s’étaient réfugiés près du lac Truckee, mais les familles Donner avaient pris du retard et s’étaient arrêtées à environ six miles de là, à Alder Creek. La situation se détériorait déjà plus au sud, d’autant plus que George Donner souffrait d’une blessure grave à la main. Il s’était blessé en réparant un chariot, et la plaie allait par la suite s’infecter.
9. Les abris d'hiver étaient à peine suffisants
Le groupe du lac, quant à lui, s’entassait dans des cabanes rudimentaires, dont une vieille construction laissée par un groupe précédent. D’autres se fabriquaient des abris de fortune avec ce qu’ils avaient sous la main. À Alder Creek, les familles Donner passèrent l’hiver dans des abris de fortune primitifs plutôt que dans des cabanes solides.
10. Ils faisaient bouillir des peaux d'animaux pour se nourrir
La situation devenait de plus en plus désespérée, et une fois leur bétail et leurs provisions épuisés, les émigrants bloqués se mirent à chercher à peu près tout ce qu’ils pouvaient avaler. Des documents indiquent que certains survivants en sont venus à faire bouillir des peaux, tandis que d’autres témoignages mentionnent du cuir et d’autres substituts tout aussi désespérés. Comme si cela ne suffisait pas, en février, même ces ressources commençaient à s’épuiser.
11. Des roses des neiges plus hautes que leurs abris
Patrick Breen tenait un journal intime, et bien que sa lecture soit sombre, ce document constitue l’un des témoignages les plus directs de cet hiver. Le 13 janvier 1847, il estimait que la neige atteignait environ 13 pieds d’épaisseur et dépassait désormais la hauteur de la cabane. Même aller chercher du bois de chauffage était devenu, à terme, une question de vie ou de mort.
12. Plus de la moitié des personnes prises au piège étaient des enfants
Sur les 81 personnes qui se sont retrouvées piégées, plus de la moitié avaient moins de 18 ans. Parmi elles, six étaient des nourrissons. L’un des rares aspects positifs de cette histoire est peut-être toutefois que les enfants représentaient également, de manière remarquable, une grande partie de ceux qui ont réussi à s’en sortir vivants.
13. 15 personnes ont tenté de s'échapper en raquettes
Le 16 décembre, un groupe de quinze hommes et femmes a quitté les camps, chaussé de raquettes de fortune, dans l’espoir de trouver de l’aide. Surnommés par la suite les « Forlorn Hope », ils n’emportaient qu’une maigre réserve de nourriture et se sont rapidement perdus dans les rigueurs de l’hiver. Seuls sept d’entre eux ont réussi à se mettre en sécurité après avoir passé environ un mois dans la nature sauvage.
14. Ils ont parlé de tuer quelqu'un pour se nourrir
La situation était si désespérée que les membres affamés de la « Forlorn Hope » se sont vus contraints de prendre des décisions difficiles. Ils ont envisagé de tirer au sort pour déterminer qui serait sacrifié afin que les autres puissent manger. Il semblerait même qu’il ait été question d’organiser un duel entre deux hommes, bien qu’aucun de ces deux projets n’ait été mis à exécution.
15. Deux hommes ont été tués intentionnellement
Luis et Salvador, deux vaqueros d’origine californienne qui voyageaient avec la « Forlorn Hope », ont en fait survécu alors que plusieurs de leurs compagnons étaient déjà morts. Le 10 janvier, William Foster a abattu ces hommes affaiblis, dont les corps ont ensuite servi de nourriture.
16. Le cannibalisme n'était pas seulement une légende
Il ne fait aucun doute que les membres de la « Forlorn Hope » ont consommé les corps de leurs compagnons décédés, et les sauveteurs ont par la suite rapporté des indices montrant que des restes humains avaient également été mangés dans les camps de montagne. Le fait est que tous les survivants n’y ont pas pris part, et les historiens ont depuis dû faire la distinction entre les incidents avérés et les récits sensationnels qui se sont répandus par la suite.
17. Les archéologues n'ont pas trouvé d'ossements à Alder Creek
Il est intéressant de noter que l’aspect le plus débattu de cette histoire reste flou parmi les experts. Les fouilles archéologiques n’ont pas permis de mettre au jour de preuves matérielles de cannibalisme au campement de la famille Donner à Alder Creek. L’administration des parcs d’État de Californie souligne qu’aucune preuve de cette pratique n’y a été retrouvée, malgré l’existence de témoignages écrits la décrivant.
18. Le sauvetage ne garantissait pas la sécurité
La première équipe de secours est arrivée au campement du lac en février 1847, mais les sauveteurs ne pouvaient pas simplement évacuer tout le monde d’un seul coup. Les émigrants affamés devaient marcher dans la neige profonde, et certains ont perdu la vie après avoir quitté le campement, tandis que les équipes de secours elles-mêmes devaient composer avec des provisions limitées. Il a finalement fallu quatre opérations de secours distinctes pour évacuer ceux qui pouvaient encore être sauvés.
19. Tamsen Donner a refusé de quitter son mari
Comme nous l’avons mentionné, la main de George Donner s’était gravement infectée, le laissant cloué au lit et à l’article de la mort lorsque les sauveteurs sont arrivés. Sa femme, Tamsen, avait la possibilité de partir, mais elle a refusé de l’abandonner tandis que leurs filles étaient mises en sécurité. Aucun des deux n’a survécu.
20. Seules deux familles s'en sont sorties sans perdre un seul de leurs proches
Les chiffres divergent quant au nombre exact de membres du groupe à différentes étapes, mais environ la moitié des personnes prises dans cette catastrophe ont trouvé la mort avant que cette épreuve ne prenne fin en 1847. Parmi tous ceux qui ont entrepris ce voyage, seules les familles Reed et Breen ont atteint la Californie sans perdre un seul de leurs proches.