Les armures étaient censées vous garder en vie, mais les plus beaux exemples de l’histoire ont fait bien plus que simplement arrêter les lames et les balles. Il n’était pas non plus nécessaire d’être roi ou guerrier pour posséder une armure digne de ce nom ; en effet, certains des modèles les plus élégants étaient portés par des artisans, voire par des hors-la-loi. Qu’il s’agisse d’une armure en métal martelé datant de l’âge du bronze ou d’une armure artisanale, ces 20 armures remarquables prouvent que la protection pratique n’était pas forcément synonyme d’ennui.
1. La panoplie de Dendra
Datant de la fin du XVe siècle av. J.-C., la panoplie de Dendra est l’une des plus anciennes armures métalliques quasi complètes jamais découvertes. Ses plaques de bronze superposées protégeaient le corps du cou jusqu’aux genoux, tandis que des épaulières et des jambières distinctes couvraient le reste du corps. Elle a été mise au jour dans une tombe à chambre en 1960 et, malgré son âge, elle est en bon état pour un objet fabriqué il y a plus de 3 000 ans.
2. L’armure gothique de Sigismond du Tyrol
L’atelier de Lorenz Helmschmid, à Augsbourg, a réalisé cette élégante armure de campagne pour l’archiduc Sigismond du Tyrol vers 1484. De ses chaussures aux bouts effilés à sa taille étroite, en passant par ses surfaces nervurées et son casque allongé, tous ces éléments contribuaient à créer une silhouette caractéristique, typique des armures de style gothique tardif. Malgré son aspect sophistiqué, cette armure était en réalité conçue pour permettre à Sigismond de monter à cheval et de combattre sans laisser d’ouvertures trop importantes.
3. L'armure de campagne de Maximilien Ier
L’empereur Maximilien Ier accordait une telle importance à l’armure qu’il influença non seulement sa conception, mais aussi la place qu’elle occupait au sein de la culture royale. Son armure de campagne de 1480, également réalisée par Helmschmid, associait des plaques superposées à une forme soigneusement ajustée au corps, le tout sans entraver les mouvements.
4. L'armure de joute de Philippe Ier, adolescent
Les adolescents d’aujourd’hui ne reçoivent pas d’armure, mais ce n’était pas le cas pour Philippe Ier de Castille. Fabriquée vers 1490, son armure était conçue pour la « joute de paix », une épreuve strictement réglementée où des renforts massifs protégeaient les concurrents lors de tournois dévastateurs. Philippe aurait porté une armure depuis son enfance, et sa nouvelle armure, très pratique, fut créée alors qu’il avait environ 15 ans et se préparait à régner.
5. L’armure d’Henri VIII du « Champ de tissu d’or »
Henri VIII fit réaliser une armure de combat à pied entièrement fermée pour le « Champ de la Toile d’Or », sa rencontre de 1520 avec le roi François Ier de France. Chaque partie de son corps était couverte, y compris des zones plus inhabituelles, comme les aisselles, les pieds, les mains et le visage (ainsi que ses parties intimes). Elle était conçue pour les joutes, et non pour le confort, mais donner à un rival l’impression d’être moins bien équipé faisait partie intégrante de son style.
6. L’armure de parade classique de Guidobaldo II
Dans les années 1530, Filippo Negroli a créé l’une des armures de parade les plus audacieuses de la Renaissance. Conçue à l’origine pour Guidobaldo II della Rovere, duc d’Urbino, elle ne ressemblait en rien à une armure de plaques classique. Non, cette armure présentait des surfaces en relief reproduisant des boucles de cheveux, des muscles, des formes animales et des motifs inspirés de la Rome antique.
7. L'armure de Charles Quint à Mühlberg
Créée à Augsbourg par Desiderius Helmschmid en 1544, l’armure de Mühlberg est devenue indissociable de l’image de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Charles Quint. Il la porta lors de ses campagnes contre la Ligue de Schmalkalde, et le Titien le représenta ainsi dans le célèbre portrait célébrant sa victoire à Mühlberg en 1547. Ses ornements en or conféraient à l’empereur une allure imposante sans pour autant transformer sa tenue en une sorte de costume d’apparat.
8. L'armure à l'aigle de Ferdinand Ier
Kunz Lochner, de Nuremberg, a achevé cette armure pour Ferdinand Ier en 1549, avant que celui-ci ne devienne empereur du Saint-Empire romain germanique. Des aigles impériaux à deux têtes ornent les embouts des jambières, tandis que le plastron est décoré d’une représentation de la Vierge à l’Enfant. Cette association audacieuse avait un double objectif : elle permettait à Ferdinand d’afficher à la fois son rang et la légitimité divine qu’il revendiquait.
9. L'armure du lion
Fabriquée en Italie vers 1550, l’armure au lion aurait appartenu à Henri II de France. Des têtes de lion jaillissent des épaules, des genoux, des coudes et du casque, tandis que l’or recouvre des surfaces qui, à l’origine, présentaient une finition plutôt bleue. Ce n’était pas un équipement pratique, mais rares sont les armures qui ont survécu et qui traduisent aussi directement la confiance royale.
10. L'armure en relief d'Henri II
Un autre costume extraordinaire lié à Henri II fut confectionné vers 1555 et orné de scènes tirées de la mythologie classique. On y retrouve notamment Apollon, Daphné, Python, des soldats romains et des figures féminines agenouillées réparties sur l’ensemble de sa surface. Il comportait également des croissants de lune répétés, faisant référence à l’un des insignes personnels d’Henri.
11. L'armure d'Hercule de Maximilien II
La « armure d’Hercule » aurait été offerte par Henri II de France au jeune archiduc Maximilien, qui devint plus tard l’empereur Maximilien II. Elle aurait tout aussi bien pu être conçue pour un dieu : ses surfaces en acier représentent des épisodes des travaux d’Hercule, notamment le combat du héros contre Antée. Loin d’arborer un blason familial traditionnel, cette armure montrait que son propriétaire était un souverain cultivé, associé à l’un des plus grands héros de la mythologie.
12. L'armure de Greenwich de George Clifford
George Clifford, troisième comte de Cumberland, reçut cette pièce exceptionnelle de Greenwich en 1586, plusieurs années avant de devenir le champion officiel de la reine Élisabeth Ire. Ornée de roses Tudor, de bandes dorées et du monogramme « E » double d’Élisabeth, elle ne laisse guère de doute quant à l’allégeance de Clifford.
13. L'armure d'Alexandre du prince Henri
Vers 1607, des artisans des Pays-Bas se sont attelés à la fabrication de cette armure richement décorée pour Henri Frédéric, prince de Galles. En tant que fils aîné de Jacques Ier, il ne pouvait se contenter que du meilleur, ce qu’il obtint d’ailleurs lorsqu’elle lui fut offerte en 1608. Ornée de motifs évoquant les campagnes militaires d’Alexandre le Grand, elle fut réalisée pour un prince qui n’était encore qu’un adolescent.
14. La cotte de mailles et de plaques du sultan Qaitbay
Cette armure de la fin du XVe siècle a été réalisée pour le sultan Qaitbay, souverain mamelouk d’Égypte et de Syrie. Des plaques d’acier protégeaient le torse, ce qui est déjà impressionnant en soi, mais elle comportait également une cotte de mailles souple comblant les interstices, ainsi que des inscriptions damasquinées à l’or qui identifiaient son propriétaire. Elle fut emportée à Istanbul après la conquête de l’Égypte par les Ottomans en 1517.
15. L'armure noire de Date Masamune
L’armure laquée noire portée par le seigneur de guerre japonais Date Masamune remonte à la fin du XVIe siècle. Elle se compose de cinq sections en fer articulées, et le casque est constitué de 62 plaques surmontées du célèbre croissant doré élancé de Masamune. Elle pèse environ 44 livres.
16. L'armure rouge « Akazonae » du Japon
Les commandants japonais équipaient parfois des formations entières d’armures rouges, une pratique assez courante connue sous le nom d’« akazonae ». On peut aujourd’hui admirer cette tenue intimidante du XVIIe siècle au Metropolitan Museum of Art : une cuirasse rouge vif, un casque, une protection faciale, des manches et des éléments en fourrure d’ours.
17. L'armure impériale chinoise de Dingjia
Cette armure chinoise « dingjia » du XVIIIe siècle, d’une grande finesse, a été confectionnée pour un haut fonctionnaire de la cour impériale Qing — bien loin d’une simple armure de combat courante. La veste et la jupe longue comportent des plaques superposées sous le tissu, avec des rangées de têtes apparentes qui confèrent à l’armure son aspect clouté caractéristique. Un cheval en armure assorti venait compléter l’ensemble, faisant du cavalier et de sa monture l’incarnation parfaite du rang militaire.
18. Le cavalier blindé tibétain
Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez admirer au Met une reconstitution d’un équipement de cavalerie cérémonielle tibétaine, comprenant une cotte de mailles, un casque, quatre plaques à miroirs, un mousquet et une lance courte. Nous savons que cela peut sembler beaucoup à transporter au combat, mais des photos prises dans les années 1930 ont permis aux historiens de déterminer comment cet ensemble était réellement porté.
19. L'éléphant de guerre blindé de l'Inde
Le Royal Armouries conserve une armure indienne presque complète, composée de cotte de mailles et de plaques, conçue pour un éléphant de guerre et généralement datée d’environ 1600. On ne le devinerait pas au premier coup d’œil, mais cette armure est composée de milliers de pièces métalliques assemblées entre elles afin de protéger la tête, la trompe, les flancs et le dos de l’animal, tout en lui permettant de marcher et de transporter des personnes.
20. L'armure artisanale de Ned Kelly
Le hors-la-loi australien Ned Kelly portait son armure rudimentaire en fer lors du siège de Glenrowan en 1880. Contrairement aux armures d’élite fabriquées dans des ateliers, celle de la bande de Kelly n’était composée que de métal lourd : casques, plastrons, plaques dorsales, protections d’épaules et tabliers. Elle protégea Kelly de quelques balles, mais ses bras et ses jambes exposés permirent à la police de l’abattre et de le capturer.