Pour de nombreuses familles américaines, le début des années 1940 a vu l’instauration de nouvelles règles dans presque tous les aspects de la vie domestique. Le rationnement lié à la Seconde Guerre mondiale limitait l’accès à certains aliments, à l’essence, aux pneus, aux chaussures et à d’autres biens de consommation courante, tandis que les campagnes d’économie incitaient la population à faire durer plus longtemps ce dont elle disposait déjà. Ces habitudes variaient d’un foyer à l’autre et étaient particulièrement marquées pendant les années de guerre, de 1942 à 1945. Elles ont néanmoins façonné les courses, les repas en famille, les tâches ménagères, les habitudes de conduite et même les conversations informelles avec les amis et les voisins. Ces 20 règles domestiques sont devenues un élément familier de la vie quotidienne sur le front intérieur américain.
1. Carnets de rationnement
Les carnets de rationnement avaient presque autant d’importance que l’argent que les familles apportaient au magasin. Les clients devaient disposer des timbres appropriés pour acheter les produits soumis à rationnement ; ainsi, la perte d’un carnet pouvait rapidement réduire tout le monde à la faim.
2. Vérifier les valeurs des points de contrôle
Les familles ne pouvaient pas toujours choisir ce qu’elles voulaient dans les rayons des magasins d’alimentation. De nombreux aliments transformés nécessitaient des « points bleus », tandis que les « points rouges » concernaient des produits tels que la viande, le fromage et certaines matières grasses. Comme la valeur des points variait en fonction de l’offre et de la demande, les consommateurs devaient consulter les derniers barèmes et décider pour quels aliments il valait la peine de dépenser leurs points limités.
3. Acheter des produits frais
Les fruits et légumes frais n’étaient pas rationnés, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’ils étaient toujours faciles à trouver. Certains aliments pouvaient encore se faire rares, être chers ou ne pas être de saison, selon le lieu de résidence de la famille. Lorsque des produits frais étaient disponibles, leur achat permettait d’économiser des « blue points » pour des conserves, des produits surgelés, des produits séchés et d’autres aliments transformés.
4. Comment faire durer la viande
Les morceaux de bœuf les plus appréciés coûtaient souvent un grand nombre de points de ration, si bien qu’il n’était pas réaliste de servir un gros morceau de viande tous les soirs. Les cuisiniers amateurs faisaient durer ces petites portions en les incorporant dans des soupes, des ragoûts, des gratins, des hachis et des pains de viande.
5. Mesure
Le sucre est resté soumis au rationnement même après la fin de la guerre, tandis que le café a été rationné de la fin de l’année 1942 jusqu’en 1943. Le beurre, la margarine, le fromage, le lait en conserve et plusieurs matières grasses alimentaires ont également fait l’objet de restrictions. Les cuisiniers mesuraient les ingrédients avec précision et adaptaient leurs recettes habituelles afin que les réserves du foyer ne s’épuisent pas trop vite.
6. Restes
Pendant les années de guerre, on décourageait vivement le gaspillage de la nourriture comestible. Le pain rassis pouvait être transformé en chapelure ou en pudding, les restes de légumes pouvaient être incorporés dans une soupe, et les petits morceaux de viande pouvaient se retrouver dans le ragoût ou la cocotte du lendemain.
7. Conserver le jus de cuisson
Les familles n’étaient pas censées verser la graisse de cuisson dans l’évier ni la jeter à la poubelle. On encourageait les ménages à filtrer la graisse de bacon, le jus de cuisson de la viande et les autres restes de graisse pour les recueillir dans un récipient propre. La graisse ainsi récupérée pouvait être transformée en glycérine, qui servait à la fabrication d’explosifs, de médicaments, de peinture et d’autres produits liés à l’effort de guerre.
8. Boîtes de conserve
Les canettes vides nécessitaient un peu de travail avant de pouvoir être ajoutées au tas de récupération. On demandait aux familles d’enlever les couvercles et les étiquettes en papier, de bien laver les canettes, puis de les aplatir. Préparer les canettes de cette manière facilitait leur stockage, leur collecte, leur transport et leur traitement lorsqu’une école ou un groupe de quartier venait les récupérer.
9. Bric-à-brac utile
On encourageait les familles à réfléchir à deux fois avant de jeter tout objet en papier, en caoutchouc ou en métal. Les vieux journaux, les articles en caoutchouc usagés, les outils cassés et les objets ménagers dont on ne se servait plus pouvaient souvent être conservés en vue des collectes locales de matériaux recyclables. De nombreux foyers disposaient de boîtes ou de piles séparées afin que ces matériaux utiles soient prêts lorsque les écoles ou les associations locales organisaient une collecte.
10. Le « Victory Garden »
Des « jardins de la victoire » ont vu le jour dans les jardins privés, sur les parcelles communautaires, dans les cours d’école et dans tout autre espace propice à la culture de légumes. Les familles utilisaient ces produits pour agrémenter leurs repas d’aliments frais et alléger la pression sur l’approvisionnement alimentaire.
11. Préservation
Un potager fructueux ne servait pas à grand-chose en hiver si la récolte estivale s’abîmait avant que quiconque ait pu en profiter. Les familles mettaient en conserve, faisaient sécher, mettaient en saumure, stockaient ou congelaient les fruits et légumes afin qu’ils se conservent au-delà de la saison de culture. La conservation des aliments demandait du temps supplémentaire, mais elle permettait de continuer à servir des produits du potager bien après que celui-ci ait cessé de produire.
12. La bonne méthode de mise en conserve
La mise en conserve à domicile devait être effectuée correctement, car les aliments scellés pouvaient présenter un danger si des bactéries nocives survivaient. Les aliments acides, notamment de nombreux fruits et les tomates, pouvaient généralement être traités au bain-marie. La viande et certains légumes nécessitaient quant à eux une mise en conserve sous pression ; les familles devaient donc respecter la méthode appropriée plutôt que de prendre des risques avec des aliments de longue conservation.
13. Les sept éléments fondamentaux
Un guide alimentaire de l’époque de la guerre classait l’alimentation quotidienne en sept groupes, parmi lesquels figuraient les légumes, les fruits, les produits laitiers, les aliments protéinés, les céréales, ainsi que le beurre ou la margarine enrichie. Ce guide était repris dans des affiches sur la nutrition, des cours à l’école et des conseils destinés aux ménages pour l’organisation des repas. Le coût et les différences culturelles rendaient son application plus difficile pour certaines familles, mais les « sept groupes de base » ont néanmoins influencé la conception qu’avaient de nombreuses personnes d’un repas équilibré.
14. Regrouper les courses
Le rationnement de l’essence obligeait chaque véhicule à effectuer deux ou trois tâches à la fois. Une sortie pouvait ainsi inclure le supermarché, la banque, la poste et un autre arrêt indispensable, afin de ne pas gaspiller de carburant en faisant plusieurs allers-retours. Planifier soigneusement ses courses permettait également de réduire l’usure des pneus, difficiles à remplacer en temps de guerre.
15. Covoiturage
Le covoiturage et les clubs d’autopartage ont permis aux ménages de faire des économies tant en essence qu’en pneus. Voisins, proches et collègues pouvaient ainsi se déplacer ensemble au lieu de prendre plusieurs voitures pour se rendre au même endroit.
16. Vitesse de victoire
Les automobilistes étaient invités à ne pas dépasser la « vitesse de la victoire » en temps de guerre, fixée à 35 miles par heure, principalement afin de réduire l’usure des pneus. Les familles étaient également encouragées à veiller à ce que leurs pneus soient correctement gonflés et à les permuter régulièrement.
17. Réparation de chaussures
Les chaussures en cuir ont été rationnées de 1943 à 1945, et chaque personne ne recevait qu’un nombre limité de coupons. On confiait souvent les semelles usées à un cordonnier pour qu’il les répare, plutôt que de jeter la paire entière à la poubelle. Les adultes mettaient parfois des coupons de côté pour leurs enfants en pleine croissance, tandis que les chaussures d’occasion ou non soumises au rationnement offraient aux familles d’autres moyens de faire face à la pénurie.
18. Consignes en cas de coupure d'électricité
Dans les communes où des exercices de black-out ont été organisés, les familles ont éteint ou masqué les lumières et ont suivi les consignes de la défense civile locale. Il fallait vérifier que les rideaux, les stores et les fenêtres ne présentaient pas de petites fentes par lesquelles la lumière pourrait s’échapper. Même une faible lueur pouvait rendre un bâtiment plongé dans l’obscurité plus facile à repérer ; c’est pourquoi tous les membres du foyer devaient coopérer jusqu’à la fin de l’exercice.
19. Préserver la vie privée
On avait averti les familles de ne pas parler ouvertement des mouvements de troupes, des départs de navires, des emplacements militaires ou d’autres détails logistiques. Les informations échangées au téléphone, dans un magasin ou lors d’une conversation avec des voisins pouvaient se propager bien plus loin que ne le souhaitait la personne qui les avait divulguées. Les foyers comptant des proches en uniforme devaient faire particulièrement attention à ne pas répéter des détails tirés de lettres ou de conversations privées.
20. Timbres de guerre
Les timbres d’épargne de guerre permettaient aux adultes comme aux enfants de contribuer par de petites sommes à l’effort de guerre. Les familles pouvaient y glisser des pièces de monnaie au fil du temps, puis échanger un carnet rempli contre l’achat d’un bon de guerre. L’argent qui aurait pu servir à s’offrir une petite gâterie pouvait ainsi s’inscrire dans une habitude d’épargne familiale directement liée au financement de l’effort de guerre.