L’histoire de Jeanne d’Arc a été racontée tant de fois que les faits historiques réels se sont mêlés à des siècles d’enjolivements. Les procès-verbaux de son procès, datant de 1431, ont été conservés avec une précision remarquable, offrant aux historiens un aperçu rare et direct de ce qu’elle a réellement déclaré lors de ses interrogatoires. Ces mêmes documents permettent également de repérer facilement les moments où l’imaginaire populaire a pris le dessus et s’est éloigné des faits réels. Il est important de faire la part des choses, surtout pour un personnage qui a été si souvent réinventé pour s’adapter à l’histoire que l’on souhaitait raconter. Voici 10 faits sur Jeanne d’Arc et 10 mythes qu’il est temps de tordre le cou.
1. Issu d'une famille d'agriculteurs
Jeanne est née vers 1412 à Domrémy, un petit village du nord-est de la France, fille de Jacques d’Arc, un paysan qui occupait également une fonction administrative locale de second plan. La famille menait une vie aisée selon les normes du village, mais rien dans ses origines ne la rattachait à la noblesse ni ne lui conférait de privilèges.
2. Elle a déclaré avoir commencé à entendre des voix vers l'âge de treize ans
Jeanne a déclaré avoir commencé à avoir des visions et à entendre des voix, qu’elle attribuait aux saints Michel, Catherine et Marguerite, dès l’âge de treize ans environ. Ces expériences l’ont finalement convaincue qu’elle avait été appelée à contribuer à assurer le trône de France à Charles VII.
3. Elle a convaincu un commandant de garnison sceptique de l'aider
Robert de Baudricourt, commandant militaire à Vaucouleurs, l’avait d’abord écartée, mais elle finit par le convaincre de lui fournir une escorte armée afin qu’elle puisse se rendre à Chinon pour rencontrer le dauphin Charles en 1429. Ce voyage à travers un territoire disputé constituait en soi un risque considérable.
4. Elle portait des vêtements pour hommes pour des raisons pratiques
Jeanne adopta une tenue masculine lors de ses voyages et de ses campagnes militaires, un choix pratique qui lui offrait une protection et une plus grande liberté de mouvement parmi les soldats. Ce même choix devint par la suite l’un des principaux chefs d’accusation retenus contre elle lors de son procès.
5. Elle a joué un rôle clé lors du siège d'Orléans
La présence de Jeanne d’Arc à Orléans en mai 1429 a contribué à remonter le moral des troupes françaises démoralisées lors d’un siège qui durait depuis des mois, et la ville a été libérée quelques jours seulement après son arrivée. Les historiens lui attribuent généralement le mérite d’avoir redonné du moral et un nouvel élan aux troupes, plutôt que d’avoir dirigé personnellement la stratégie militaire.
6. Elle a été blessée au combat
Lors de l’assaut contre Orléans, Jeanne fut touchée par une flèche entre le cou et l’épaule, une blessure malgré laquelle elle aurait continué à se battre après avoir reçu des soins sommaires. Elle déclara avoir emporté sa bannière au combat précisément pour éviter d’avoir à utiliser une épée.
7. Elle se tenait aux côtés de Charles VII lors de son couronnement
Jeanne était présente lors du couronnement de Charles VII à la cathédrale de Reims en juillet 1429 ; elle se tenait à ses côtés, sa bannière à la main, tandis qu’il était couronné roi de France. Elle considérait ce moment comme l’aboutissement de la mission qu’elle estimait avoir reçue.
8. Elle a été capturée par les forces bourguignonnes
Jeanne fut capturée lors d’une bataille à Compiègne en mai 1430 par des troupes alliées à la cause anglaise, puis vendue aux Anglais contre une rançon considérable. Elle resta prisonnière jusqu’à la fin de ses jours.
9. Elle a été jugée et exécutée pour hérésie
Un tribunal ecclésiastique présidé par l’évêque Pierre Cauchon condamna Jeanne pour hérésie, principalement parce qu’elle continuait à porter des vêtements d’homme alors qu’elle avait auparavant accepté d’y renoncer, et elle fut brûlée sur le bûcher à Rouen le 30 mai 1431. Elle avait environ dix-neuf ans.
10. Sa condamnation a été officiellement annulée
En 1456, un nouveau procès à titre posthume ordonné par le pape Calixte III a déclaré Jeanne innocente et a annulé purement et simplement le verdict initial. Elle a ensuite été canonisée par l’Église catholique en 1920, près de cinq siècles après sa mort.
Voici maintenant 10 mythes qu’il serait bon de tordre le cou.
1. Qu'elle ait personnellement combattu et tué au combat
Les représentations populaires montrent souvent Jeanne brandissant son épée au milieu des rangs ennemis, mais elle a déclaré qu’elle préférait porter son étendard précisément pour éviter de tuer qui que ce soit. Son rôle s’apparentait davantage à une présence inspirante et symbolique qu’à celui d’une combattante se frayant elle-même un chemin à travers les rangs des soldats.
2. Qu'elle a été brûlée comme sorcière
La condamnation de Jeanne reposait sur des accusations d’hérésie, liées principalement à sa tenue vestimentaire et à ses affirmations selon lesquelles elle communiquait directement avec Dieu en dehors de l’autorité de l’Église, et non sur une accusation formelle de sorcellerie. L’image populaire que l’on se fait d’un procès pour sorcellerie ne correspond pas à ce que décrivent les archives judiciaires.
3. Le fait que ses visions aient une explication médicale avérée
Au fil des ans, des auteurs contemporains ont avancé divers diagnostics médicaux rétrospectifs pour expliquer ses visions, mais aucune de ces explications n’est confirmée par les sources historiques ni ne fait l’unanimité parmi les spécialistes. Considérer un diagnostic particulier comme un fait établi va bien au-delà de ce que les sources historiques permettent réellement de conclure.
4. Qu'elle était issue de la noblesse
Certaines versions de son histoire édulcorent ses origines en laissant entendre qu’elle était de sang noble ou qu’elle avait bénéficié d’une éducation plus privilégiée, mais la famille de Jeanne était composée d’agriculteurs sans aucun lien avec l’aristocratie. C’est notamment son ascension sociale, partant de ce milieu modeste, qui a rendu son histoire si remarquable aux yeux de ses contemporains.
5. Qu'elle ait personnellement commandé l'armée française
Jeanne voyageait en compagnie de capitaines chevronnés qui prenaient les décisions tactiques ; elle ne détenait aucun grade militaire officiel, contrairement à un général. Son influence tenait au moral qu’elle insufflait et à sa dimension symbolique, et non à la direction des mouvements des troupes sur une carte.
6. Que l’Angleterre l’ait jugée et exécutée directement
Bien que l’Angleterre ait financé et fortement influencé la procédure, Jeanne fut officiellement jugée par un tribunal ecclésiastique composé principalement de membres du clergé français favorables à la cause anglaise et bourguignonne. L’exécution elle-même s’inscrivit dans la pratique habituelle consistant à remettre les hérétiques condamnés aux autorités laïques.
7. Qu'elle est décédée bien après avoir atteint l'âge adulte
Jeanne avait environ dix-neuf ans au moment de son exécution ; elle n’était donc pas une adulte mûre et aguerrie, comme le suggèrent certaines représentations artistiques. L’ensemble de son parcours public, depuis le moment où elle a entendu ses premières voix jusqu’à sa mort, ne s’est étendu que sur quelques années.
8. Que l'Église l'ait condamnée universellement
Les avis sur Jeanne d’Arc étaient déjà partagés de son vivant, et le verdict rendu à son encontre relevait davantage de motivations politiques que d’un jugement religieux unanime. Le procès d’annulation de 1456 a officiellement annulé la condamnation dans son intégralité, plusieurs décennies avant sa canonisation.
9. Qu'un portrait authentique d'elle nous soit parvenu
Il n’existe aucun portrait confirmé réalisé d’après nature du vivant de Jeanne, malgré les nombreuses peintures et statues qui ont vu le jour au cours des siècles suivants. Toutes les représentations célèbres d’elle sont des interprétations artistiques réalisées après sa mort.
10. Qu'elle a remporté à elle seule la Guerre de Cent Ans
La guerre s’est poursuivie pendant plus de deux décennies après l’exécution de Jeanne, avant que la France ne remporte finalement la victoire en 1453. Son influence sur le moral des troupes et l’élan de la lutte, notamment à Orléans et lors du couronnement, a été considérable, mais l’issue de la guerre a dépendu de nombreuses années supplémentaires de campagnes militaires et de l’action d’autres chefs.