Les monuments ne sont pas toujours érigés pour célébrer des victoires, des dirigeants ou de grandes réalisations. En réalité, bon nombre des monuments commémoratifs les plus émouvants au monde ont été créés parce que des communautés ont souhaité honorer la mémoire de ceux qui ont été emportés par des tragédies dévastatrices. Et si certains commémorent des événements qui ont changé le cours de l’histoire, d’autres sont nés d’histoires profondément personnelles. Qu’il s’agisse d’histoires de perte ou de dévouement inébranlable, ces monuments portent en eux des récits qu’il reste terriblement difficile d’oublier.
1. Le Mémorial national du 11 septembre — New York
Construit sur le site de l’ancien World Trade Center, le Mémorial national du 11 septembre rend hommage aux près de 3 000 personnes qui ont perdu la vie lors des attentats terroristes du 11 septembre 2001, ainsi qu’aux six personnes tuées lors de l’attentat à la bombe perpétré contre le World Trade Center en 1993. Deux immenses bassins réfléchissants occupent l’empreinte des tours jumelles, les noms des victimes étant gravés sur leurs bords. L’eau s’écoule en continu dans des cavités centrales dont on ne peut voir le fond depuis la place environnante, offrant ainsi aux visiteurs une représentation physique saisissante de l’absence.
2. Statue de Hachiko — Tokyo, Japon
Le petit chien en bronze situé à l’extérieur de la gare de Shibuya rend hommage à l’une des histoires de fidélité les plus poignantes du Japon. Hachiko, un chien de race Akita, attendait régulièrement à la gare le retour de son maître, le professeur Hidesaburo Ueno, après son travail, mais ce dernier est décédé subitement d’une hémorragie cérébrale en 1925 et n’est jamais rentré chez lui. Hachiko continua néanmoins à se rendre à la gare de Shibuya pendant environ neuf ans encore, jusqu’à sa propre mort, ce qui fit de lui un symbole national de loyauté et de souvenir.
3. Mémorial de la paix d'Hiroshima — Hiroshima, Japon
Peu de bâtiments encore debout ont un passé aussi tragique que le « Genbaku Dome » d’Hiroshima, désormais officiellement connu sous le nom de « Mémorial de la paix d’Hiroshima ». Cet ancien pavillon d’exposition se trouvait à proximité de l’hypocentre de la bombe atomique qui a explosé au-dessus d’Hiroshima le 6 août 1945 ; pourtant, certaines parties de sa structure sont restées debout alors qu’une grande partie de la ville environnante était détruite. Conservée plutôt que démolie, sa charpente apparente sert aujourd’hui de rappel permanent du coût humain énorme de la guerre nucléaire.
4. Mémorial de l'USS Arizona — Honolulu, Hawaï
Le mémorial de l’USS Arizona se dresse exactement au-dessus du cuirassé coulé, détruit lors de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Sur les 1 177 membres d’équipage du navire qui ont perdu la vie ce jour-là, plus de 900 reposent encore dans l’épave, sous le mémorial. Les visiteurs peuvent apercevoir le navire sous l’eau et pénétrer dans une salle commémorative où les noms des personnes tuées à bord de l’Arizona sont gravés sur un mur de marbre.
5. Mémorial de Hillsborough — Liverpool, Angleterre
La catastrophe de Hillsborough s’est produite lors d’une demi-finale de la FA Cup, le 15 avril 1989, lorsqu’une bousculade mortelle s’est produite au stade de Hillsborough, à Sheffield. Quatre-vingt-dix-sept supporters de Liverpool ont finalement perdu la vie dans cette tragédie, tandis que les survivants et les familles des victimes ont passé des décennies à contester les allégations mensongères concernant la responsabilité des supporters et à exiger que les responsables rendent des comptes. Des monuments commémoratifs portant les noms des victimes se trouvent aujourd’hui à Liverpool et à Hillsborough, témoignant à la fois de la tragédie initiale et du long combat qui a suivi.
6. Strawberry Fields — New York
L’assassinat de John Lennon devant l’immeuble Dakota, le 8 décembre 1980, a bouleversé les amateurs de musique du monde entier. Juste en face, à Central Park, Strawberry Fields a ensuite été créé en hommage à l’ancien Beatle, avec sa célèbre mosaïque « Imagine » qui en constitue le point de ralliement central. Les visiteurs y déposent encore aujourd’hui des fleurs, des photos et d’autres hommages, entretenant ainsi un lien étroit entre ce mémorial, la vie de Lennon à New York et le lieu de sa mort.
7. Mémorial aux Juifs d'Europe assassinés — Berlin, Allemagne
Couvrant une vaste superficie près de la Porte de Brandebourg à Berlin, ce mémorial rend hommage aux quelque six millions de Juifs assassinés pendant l’Holocauste. L’architecte Peter Eisenman a conçu ce site à partir de 2 711 dalles de béton de hauteurs variables, disposées sur un terrain accidenté. En marchant entre elles, les visiteurs se retrouvent progressivement dans des couloirs étroits, entourés de blocs de plus en plus hauts, ce qui crée une expérience délibérément désorientante tout en laissant l’interprétation en grande partie à la discrétion de chacun.
8. Mémorial des vétérans du Vietnam — Washington, D.C.
Plutôt que de représenter des soldats dans des poses héroïques, le Mémorial des vétérans du Vietnam met à l’honneur ceux qui ne sont jamais revenus. Ses murs en granit noir poli portent les noms de plus de 58 000 militaires américains morts ou portés disparus à la suite de la guerre du Vietnam. Les visiteurs déposent souvent des photos, des lettres, des médailles, des fleurs et d’autres objets personnels à côté des noms individuels, faisant de ce mémorial un témoignage exceptionnellement personnel d’un conflit dont les conséquences continuent d’affecter les familles plusieurs décennies plus tard.
9. Les chaussures sur les rives du Danube — Budapest, Hongrie
Le long du Danube, à Budapest, s’aligne une rangée de chaussures en fer qui donnent l’impression que leurs propriétaires viennent tout juste de s’en défaire. Ce mémorial rend hommage aux victimes juives assassinées par les membres du mouvement fasciste hongrois « Croix fléchées » pendant la Seconde Guerre mondiale, dont beaucoup ont été contraintes d’enlever leurs chaussures avant d’être fusillées sur les berges du fleuve. Créée par le réalisateur Can Togay et le sculpteur Gyula Pauer, cette installation comprend des chaussures pour hommes, femmes et enfants, soulignant ainsi que des familles entières figuraient parmi les personnes visées.
10. Mémorial du génocide arménien de Tsitsernakaberd — Erevan, Arménie
Surplombant Erevan, Tsitsernakaberd rend hommage aux victimes arméniennes des massacres et des déportations perpétrés au sein de l’Empire ottoman à partir de 1915. Douze grandes dalles de pierre entourent une flamme éternelle où les visiteurs déposent traditionnellement des fleurs en souvenir. À proximité, une haute flèche fendue domine le paysage, tandis que le complexe commémoratif est devenu le lieu de rassemblement central pour les commémorations annuelles du génocide en Arménie.
11. Mémorial national d'Oklahoma City — Oklahoma City, Oklahoma
L’attentat à la bombe perpétré contre l’immeuble fédéral Alfred P. Murrah le 19 avril 1995 a coûté la vie à 168 personnes et est devenu l’un des actes de terrorisme intérieur les plus meurtriers de l’histoire des États-Unis. Sur le mémorial érigé à l’emplacement de l’ancien bâtiment, 168 chaises vides représentent les personnes décédées, tandis que des chaises plus petites sont destinées aux 19 enfants figurant parmi les victimes. Les « Portes du temps » marquent les instants précédant et suivant immédiatement l’explosion de 9 h 02 (9 h 01 sur la porte est et 9 h 03 sur la porte ouest), immortalisant ainsi une matinée ordinaire dans la conception même du site.
12. Mémorial de Thiepval dédié aux disparus de la Somme — France
L’immense Mémorial de Thiepval domine ce qui fut autrefois l’un des champs de bataille les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale. Ses parois de pierre portent les noms de plus de 72 000 soldats britanniques et sud-africains tombés dans le secteur de la Somme et dont la tombe reste inconnue, la plupart ayant trouvé la mort lors de la bataille de la Somme en 1916. L’ampleur de ce mémorial est d’autant plus difficile à appréhender lorsqu’on réalise que presque chaque nom correspond à une personne dont la famille n’a jamais reçu le corps pour l’enterrer.
13. Mémorial de la famine — Dublin, Irlande
Le long du Custom House Quay, à Dublin, un groupe de silhouettes élancées en bronze marche vers le bord de l’eau, portant des baluchons et des enfants. Le sculpteur Rowan Gillespie a créé le Mémorial de la Famine pour rendre hommage à ceux qui ont souffert pendant la Grande Famine des années 1840, période durant laquelle la famine, les maladies et l’émigration ont considérablement réduit la population irlandaise. L’emplacement de ce mémorial revêt une importance particulière, car ce sont des milliers d’émigrants qui ont quitté les quais voisins pour tenter d’échapper à des conditions de vie de plus en plus difficiles.
14. Mémorial du Challenger — Arlington, Virginie
La navette spatiale Challenger s’est désintégrée peu après son décollage, le 28 janvier 1986, entraînant la mort des sept membres d’équipage à bord. Des millions de personnes ont assisté en direct à leur disparition, notamment des écoliers qui suivaient l’événement, car l’enseignante Christa McAuliffe avait été sélectionnée pour voyager avec l’équipage. Un mémorial situé au cimetière national d’Arlington abrite les restes non identifiés retrouvés après la catastrophe et rend hommage à une mission qui est devenue l’un des moments les plus douloureux de l’histoire du programme spatial américain.
15. Mémorial de la Porte de Menin — Ypres, Belgique
La Porte de Menin porte les noms de plus de 54 000 soldats britanniques et du Commonwealth tombés au combat dans le saillant d’Ypres pendant la Première Guerre mondiale et dont les tombes n’ont jamais pu être identifiées. Ses immenses murs témoignent du nombre d’hommes disparus sur ces champs de bataille où il était parfois impossible de récupérer ou d’identifier les corps. Depuis 1928, des clairons interprètent traditionnellement le « Last Post » sous la porte chaque soir, cette tradition n’ayant été interrompue que pendant l’occupation allemande de la Belgique lors de la Seconde Guerre mondiale.
16. Mémorial des martyrs de la déportation — Paris, France
Derrière la cathédrale Notre-Dame se trouve l’un des mémoriaux les plus discrets de Paris, dédié aux personnes déportées de France vers les camps de concentration et d’extermination nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Les visiteurs descendent sous le niveau de la rue pour pénétrer dans un espace clos en pierre dont les passages étroits et les perspectives restreintes créent délibérément une sensation d’enfermement. Des milliers (200 000, pour être exact) d’éléments en verre illuminés bordent un couloir intérieur, représentant les déportés qui ne sont jamais revenus.
17. Mémorial dédié aux victimes sintis et roms du national-socialisme — Berlin, Allemagne
Situé à proximité du Reichstag, en Allemagne, ce mémorial rend hommage aux centaines de milliers de Roms et de Sintis persécutés et assassinés sous le régime nazi. En son centre se trouve un bassin circulaire abritant une pierre triangulaire sur laquelle une fleur fraîche est régulièrement déposée. Le monument rappelle également les décennies durant lesquelles l’ampleur de la persécution des Roms et des Sintis n’a bénéficié que d’une reconnaissance publique relativement limitée, ce qui confère à son inauguration en 2012 une importance particulière en soi.
18. Mémorial de l'Holodomor — Kiev, Ukraine
Le complexe commémoratif de l’Holodomor à Kiev rend hommage aux millions de personnes qui ont péri lors de la famine catastrophique de 1932-1933 en Ukraine, sous le régime soviétique. L’un de ses éléments les plus emblématiques est la sculpture d’une jeune fille d’une maigreur extrême serrant contre sa poitrine cinq épis de blé, en référence à la « loi des cinq épis » de 1932, en vertu de laquelle le simple fait de prendre, même en petite quantité, du blé provenant des fermes collectives pouvait entraîner des sanctions extrêmement sévères. Cette figure met en lumière le sort des enfants pendant cette famine, au cours de laquelle les réquisitions alimentaires, les restrictions sévères et les politiques agricoles soviétiques ont contribué à d’énormes pertes humaines.
19. Mémorial du « Kindertransport » — Londres, Angleterre
À l’extérieur de la gare de Liverpool Street, à Londres, se dresse un groupe d’enfants en bronze portant des valises, en souvenir des milliers de jeunes réfugiés amenés en Grande-Bretagne dans le cadre du « Kindertransport » peu avant la Seconde Guerre mondiale. Environ 10 000 enfants, pour la plupart juifs, ont fui les territoires sous contrôle nazi grâce à ce programme entre 1938 et 1939. Beaucoup ont survécu à l’Holocauste parce qu’ils avaient été envoyés loin de là, mais un nombre effroyable d’entre eux n’ont jamais revu leurs parents.
20. Mémorial de Katyn — Pologne
Les monuments commémoratifs du massacre de Katyn rendent hommage à des milliers d’officiers de l’armée polonaise, de policiers, d’intellectuels et d’autres prisonniers exécutés par le NKVD soviétique en 1940. Environ 22 000 citoyens polonais ont été tués à Katyn et sur d’autres lieux d’exécution après avoir été capturés à la suite de l’invasion soviétique de l’est de la Pologne. Pendant des décennies, les autorités soviétiques ont nié toute responsabilité et ont rejeté la faute sur l’Allemagne nazie, ajoutant ainsi des années de mensonges officiels à un événement qui avait déjà dévasté des milliers de familles polonaises.