Pendant une grande partie de l’histoire, la mort d’un souverain a entraîné des problèmes allant bien au-delà de l’organisation des funérailles et du choix d’un successeur. Des règles successorales floues, des prétendants rivaux, des allégeances contestées et des ambitions étrangères pouvaient transformer un décès en guerre civile, en invasion ou en un changement complet de gouvernement en très peu de temps. Des empires antiques aux États modernes, voici 20 décès qui ont déclenché un chaos politique immédiat et ont radicalement bouleversé le cours des événements.
1. Alexandre le Grand, 323 av. J.-C.
Alexandre mourut à Babylone sans laisser d’héritier adulte capable de prendre la relève à la tête de son immense empire. Les guerres des Diadoques qui s’ensuivirent durèrent plusieurs décennies et aboutirent finalement au partage des conquêtes d’Alexandre entre plusieurs dynasties hellénistiques.
2. Jules César, 44 av. J.-C.
Les sénateurs qui ont assassiné Jules César espéraient que sa mort permettrait à la République romaine de retrouver son état d’antan, mais les événements ont pris une tournure contraire. De nouvelles guerres civiles ont éclaté, qui ont finalement conduit Octave à devenir le dirigeant incontesté de Rome et ont mis fin au régime républicain.
3. Néron, 68 apr. J.-C.
Lorsque Néron mit fin à ses jours, il mit un terme à la dynastie julio-claudienne sans avoir désigné de successeur héréditaire à Rome. Galba devint empereur, mais son autorité s’avéra fragile, car les commandants militaires et leurs armées commencèrent à soutenir des rivaux. Rome entra alors dans « l’Année des quatre empereurs », au cours de laquelle Galba, Othon, Vitellius et Vespasien se disputèrent la suprématie.
4. Commode, 192 apr. J.-C.
Commodus fut assassiné en 192, après que les membres de son entourage eurent acquis la conviction que leur propre vie était menacée. Pertinax lui succéda, mais son règne dura moins de trois mois avant que la Garde prétorienne ne le tue. Une série de revendications impériales concurrentes donna alors lieu à « l’Année des cinq empereurs » et à une nouvelle guerre civile romaine.
5. Édouard le Confesseur, 1066
Édouard le Confesseur mourut sans descendance en janvier 1066, laissant l’Angleterre sans véritable successeur. Harold Godwinson monta sur le trône, tandis que Guillaume de Normandie et Harald Hardrada faisaient valoir leurs prétentions respectives en envahissant le pays.
6. Henri Ier d'Angleterre, 1135
Henri Ier avait exigé des principaux nobles qu’ils reconnaissent sa fille, l’impératrice Mathilde, comme son héritière désignée après la mort de son fils légitime lors du naufrage du « White Ship ». Cette succession contestée déboucha sur un conflit civil prolongé connu sous le nom d’« Anarchie ».
7. Marguerite, la demoiselle de Norvège, 1290
La jeune Marguerite, demoiselle de Norvège, était reconnue comme héritière du trône d’Écosse, mais elle mourut alors qu’elle se rendait en Écosse en 1290. Sa mort laissa plusieurs nobles ayant des prétentions légitimes à la couronne et aucun successeur évident.
8. Charles IV de France, 1328
Charles IV mourut sans fils, mettant ainsi fin à la lignée masculine directe de la dynastie capétienne. Philippe de Valois devint Philippe VI, mais Édouard III d’Angleterre fit par la suite valoir ses droits par le biais de sa mère, Isabelle, sœur de Charles. Cette succession contestée fut l’une des causes majeures de la Guerre de Cent Ans.
9. Tamerlan, 1405
Timur mourut alors qu’il préparait une campagne militaire de grande envergure contre la Chine des Ming, laissant derrière lui un empire fortement tributaire de son autorité. Son héritier désigné, Pir Muhammad, ne parvint pas à s’imposer auprès des autres membres de la famille régnante.
10. Mehmed II, 1481
Le sultan ottoman Mehmed II mourut sans avoir réglé la question de la succession entre ses fils Bayezid et Cem. Les deux princes tentèrent de revendiquer le trône, tandis que différentes factions au sein de l’empire soutenaient des candidats rivaux.
11. Henri III de France, 1589
Henri III fut assassiné pendant les guerres de religion françaises, et sa mort marqua la fin de la lignée masculine de la dynastie des Valois. Le nouveau Henri IV dut donc se battre pour asseoir son autorité sur le royaume avant d’obtenir une reconnaissance unanime.
12. Féodor Ier de Russie, 1598
Le tsar Fiodor Ier mourut sans descendance en 1598, mettant fin à la dynastie des Rurik, vieille de plusieurs siècles, qui avait régné sur chaque recoin de la Russie. La Russie entra alors dans la « période des troubles », marquée par des prétendants rivaux, des imposteurs, des rébellions, la famine et des interventions étrangères, avant que les Romanov ne prennent le pouvoir.
13. Charles II d'Espagne, 1700
Charles II mourut sans héritier, après des années d’inquiétude en Europe quant à la question de savoir qui hériterait de la vaste étendue de territoires espagnols. Son testament désignait Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV de France, ce qui inquiéta les autres grandes puissances. Le conflit de succession déboucha rapidement sur la guerre de Succession d’Espagne, entraînant une grande partie de l’Europe dans un conflit long et violent.
14. Frédéric VII de Danemark, 1863
Frédéric VII mourut sans descendance, alors même que les tensions autour du Schleswig et du Holstein atteignaient un stade critique. La Prusse et l’Autriche finirent par envahir le pays en 1864, battant le Danemark et bouleversant l’équilibre politique au sein du monde germanophone.
15. Abraham Lincoln, 1865
Abraham Lincoln fut assassiné quelques jours seulement après la reddition historique du général confédéré Robert E. Lee à Appomattox Court House. Les divergences entre Andrew Johnson et les républicains du Congrès donnèrent rapidement lieu à une lutte particulièrement acharnée autour de la politique d’après-guerre et de la reconstruction.
16. Charles Ier du Portugal, 1908
Le roi Charles Ier et son héritier, Louis-Philippe, furent assassinés tous deux à Lisbonne en février 1908. Le fils cadet de Charles devint de manière inattendue le roi Manuel II, à l’âge de 18 ans seulement, dans un contexte de profondes divisions politiques et d’hostilité envers la monarchie. Les gouvernements continuèrent à se succéder à un rythme effréné, et la monarchie portugaise fut renversée par une révolution républicaine en 1910.
17. L'archiduc François-Ferdinand, 1914
L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, a immédiatement exacerbé les tensions déjà vives entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. En l’espace de quelques semaines, la « crise de juillet » avait dégénéré en Première Guerre mondiale.
18. Rafael Trujillo, 1961
Le dictateur dominicain Rafael Trujillo a été assassiné en mai 1961 après avoir dirigé le pays d’une main de fer pendant plus de trois décennies. Les troubles qui ont suivi ont entraîné une période d’instabilité, l’émergence de factions rivales et, finalement, une transition difficile pour sortir de la dictature de Trujillo.
19. Indira Gandhi, 1984
La Première ministre indienne Indira Gandhi a été assassinée par deux de ses gardes du corps sikhs le 31 octobre 1984. Des milliers de personnes ont trouvé la mort lors des troubles qui ont suivi son assassinat.
20. Juvénal Habyarimana, 1994
Le président rwandais Juvénal Habyarimana a trouvé la mort lorsque l’avion dans lequel il se trouvait avec le président burundais Cyprien Ntaryamira a été abattu près de Kigali, le 6 avril 1994. Cet assassinat a été le déclencheur du génocide rwandais, dans un contexte de guerre civile déjà intense et sanglante.