L’océan était autrefois un immense espace vierge où presque tout semblait possible. Ajoutez à cela des marins qui rencontraient des créatures inconnues, sans disposer des connaissances de la biologie moderne, et vous assistez à la naissance d’une légende maritime. Certaines de ces légendes s’inspiraient des monstres issus de la religion, de la mythologie et des histoires naturelles médiévales, mais quoi qu’il en soit, ces 20 récits tenaient tous les marins éveillés la nuit.
1. Le Kraken
Les marins scandinaves racontaient déjà des histoires sur des créatures gigantesques bien avant que le kraken ne devienne un phénomène de la culture populaire. En 1752, l’évêque norvégien Erik Pontoppidan a même écrit sur le kraken comme s’il pouvait être réel, affirmant qu’on aurait pu le prendre pour une île. Des calmars géants étaient très probablement à l’origine de certaines de ces histoires, mais rien ne prouve que de véritables calmars aient entraîné des navires au fond de l’océan.
2. La Hafgufa
La « hafgufa » apparaît dans le « Miroir du roi » norvégien du XIIIe siècle, où elle est décrite comme une créature marine si gigantesque que des témoins l’ont même prise pour la terre ferme. Et comment se nourrissait-elle ? En ouvrant sa bouche gigantesque et en attendant que les poissons s’y glissent. Les chercheurs modernes ont relevé de nombreuses similitudes entre ce récit et les véritables comportements alimentaires de certaines baleines.
3. Le « Sea Swine »
L’une des créatures les plus étranges figurant sur la « Carta Marina » d’Olaus Magnus, datant de 1539, était ce qu’il appelait le « cochon de mer ». Elle présentait de nombreuses caractéristiques… intéressantes : on disait qu’elle avait une tête de cochon, des pattes de dragon et une queue fourchue. Personne ne croit aujourd’hui à son existence, mais le fait de l’avoir représentée sur une carte de la Renaissance en a fait un élément de l’histoire.
4. Le Soe Orm
Dans ses écrits de 1555, l’écrivain suédois Olaus Magnus a offert à l’Europe du Nord l’un de ses serpents de mer les plus redoutables. Voici le « Soe Orm ». Il affirmait que cette créature mesurait plus de 200 pieds de long, qu’elle avait des écailles sombres et des yeux brillants, et qu’elle s’approchait parfois suffisamment du rivage pour s’emparer du bétail. La réputation de Magnus n’a fait que contribuer à la diffusion de cette légende.
5. Le serpent de mer de Gloucester
En 1817, des habitants des environs de Gloucester, dans le Massachusetts, ont affirmé avoir aperçu un énorme animal serpentiforme se déplaçant dans le port. L’effervescence s’est propagée si rapidement que des personnes ont enquêté sur ces observations et ont même proposé le nom scientifique de Scoliophis atlanticus pour ce qu’ils pensaient être une nouvelle espèce. Personne n’a jamais pu prouver ce que ces personnes avaient réellement vu, mais cette légende est devenue l’un des mystères les plus célèbres des États-Unis.
6. Le HMS Daedalus « Sea Serpent »
La Royal Navy a fait son entrée dans le monde des monstres marins en 1848, lorsque des officiers à bord du HMS Daedalus ont signalé une longue créature flottant près de leur navire. Les journaux se sont emparés de l’histoire, car des officiers expérimentés figuraient parmi les témoins, et une illustration du monstre présumé a d’ailleurs été publiée peu après. On ignore toujours ce qu’ils ont vu exactement, mais cet incident a donné beaucoup plus de poids aux convictions des passionnés de serpents de mer.
7. La bête de Stronsay
Quand un objet gigantesque s’échoue sur le rivage, on sait que cela va faire parler de lui. C’est ce qui s’est produit sur l’île écossaise de Stronsay en 1808. Un énorme cadavre en décomposition s’était échoué, et les membres de la Wernerian Natural History Society d’Édimbourg avaient affirmé qu’il s’agissait d’un serpent de mer inconnu. Aujourd’hui, cependant, on pense généralement qu’il s’agissait d’un requin pèlerin en décomposition.
8. Le monstre de Saint-Augustin
En 1896, deux garçons ont découvert une carcasse gigantesque sur l’île d’Anastasia, en Floride, donnant ainsi naissance à un mystère qui a duré plus d’un siècle. Le zoologiste Addison Verrill a d’abord pensé que ces restes provenaient d’une grande pieuvre, qu’il a d’ailleurs baptisée à juste titre « Octopus giganteus ». Plus d’un siècle plus tard, des analyses ont révélé que la chair provenait en réalité d’une baleine.
9. Le calmar géant
Contrairement à la plupart des créatures figurant sur cette liste, ce calmar géant s’est avéré être bien réel. Pendant des siècles, les naturalistes se sont débattus avec d’énormes tentacules, des becs et des carcasses mutilées avant que l’existence des calmars géants ne soit enfin reconnue au XIXe siècle. Si vous en avez déjà vu un, vous comprendrez sans peine pourquoi tant de gens se sont creusé la tête à leur sujet.
10. Le poisson-rame
Un poisson-rame vivant peut atteindre des longueurs extraordinaires, avec un profil semblable à celui d’un serpent qui effraie tous les marins. Ses structures rouges et ses mouvements de nage étranges en ont également fait l’un des principaux candidats réels à l’origine des observations historiques de serpents. Les historiens du Smithsonian ont même suggéré que le poisson-rame aurait pu inspirer les créatures décrites par les premiers naturalistes européens.
11. Le moine de la mer
À la Renaissance, des naturalistes européens ont bel et bien publié des dessins représentant une créature étrange qui ressemblait à un moine vêtu d’une robe à capuche. Des auteurs tels que Pierre Belon, Guillaume Rondelet et Conrad Gessner ont également décrit cet animal au XVIe siècle. Il n’y a jamais eu de preuve tangible de son existence, mais sa présence dans les livres a suffi à convaincre un grand nombre de lecteurs qu’il avait peut-être bel et bien existé.
12. Le poisson-évêque
Apparemment, un monstre marin ne suffisait pas ; les ouvrages de la Renaissance faisaient également état d’une créature ressemblant en quelque sorte à un évêque. Guillaume Rondelet affirmait qu’un tel animal avait été aperçu en Pologne en 1531, avec une tête qui ressemblait à une mitre d’évêque. Son image a ensuite circulé dans les livres d’histoire aux côtés d’animaux prétendument réels, ne laissant guère aux lecteurs de raisons de la rejeter.
13. Le Prister
Olaus Magnus décrivait le « prister » comme une baleine gigantesque et violente, capable de détruire des navires. Selon ses récits, l’animal pouvait percuter les bateaux, les faire chavirer et résister aux armes grâce à son épaisse couche de graisse. Comme si cela ne suffisait pas, l’une des stratégies de défense recommandées consistait apparemment à émettre de forts sons de trompette pour détourner son attention.
14. Le Jenny Haniver
Dès le XVIe siècle au moins, les marins vendaient parfois des raies séchées qui avaient été découpées et façonnées pour ressembler à des monstres. Ces créations furent baptisées « Jenny Hanivers », et le naturaliste suisse Conrad Gessner avait déjà percé à jour cette supercherie au XVIe siècle, mettant en garde ses lecteurs contre le risque de se faire duper.
15. Le Ziphius
Le Ziphius était un autre animal effrayant représenté sur la « Carta Marina » d’Olaus Magnus en 1539. Les artistes lui avaient donné un visage semblable à celui d’un hibou et une protubérance acérée sur le dos, capable de transpercer d’autres animaux ou de faire couler des navires. Les générations suivantes ont tenté de l’associer à de véritables baleines, mais ce monstre était bel et bien une création originale.
16. Trunko
Une histoire particulièrement étrange a fait surface près de l’Afrique du Sud en 1924 : des témoins ont rapporté avoir aperçu une immense créature pâle dans l’eau. On racontait qu’elle se serait battue avec des orques avant qu’une grosse carcasse non identifiée ne s’échoue plus tard sur la plage, ce qui a incité les journaux à relayer l’histoire. Les indices qui subsistent laissent penser qu’il ne s’agissait que de restes de baleine en décomposition.
17. La constellation de la Baleine
La mythologie grecque a réservé à la princesse Andromède un sort particulièrement cruel : elle fut enchaînée au bord de la mer pour servir de proie à un monstre. Poséidon envoya le Cétus ravager le royaume de son père avant que Persée ne le tue, et cette créature fut par la suite largement représentée dans l’art grec et romain. Il est remarquable de constater qu’une fresque datant de la fin du Ier siècle av. J.-C. la représente même sous la forme d’une bête enroulée sur elle-même s’approchant d’Andromède.
18. Le cheval de Troie Cetus
Il faut toutefois garder à l’esprit que le monstre d’Andromède n’était pas le seul « Cetus » à semer la terreur dans la mythologie grecque. Une autre créature gigantesque aurait été envoyée contre Troie après que le roi Laomédon eut omis de récompenser comme il se doit Poséidon et Apollon, en offrant Hésione en sacrifice. Héraclès finit par tuer le monstre, et des représentations de cet épisode ont été conservées sur des poteries grecques datant du VIe siècle av. J.-C.
19. Le Moha-Moha
En 1890, Selina Lovell, une institutrice, a rapporté avoir rencontré une créature non identifiée près de la Grande Barrière de Corail, en Australie. Elle a décrit un animal mesurant environ 30 pieds de long et doté d’un corps imposant ; son récit a fait la une des journaux un an plus tard. Le naturaliste William Saville-Kent a pris ce témoignage suffisamment au sérieux pour mener une enquête, contribuant ainsi à faire du « Moha-Moha » non plus une simple observation étrange, mais une véritable légende.
20. Basilosaurus, le fossile du « serpent de mer »
Lorsque des ossements fossiles colossaux ont commencé à faire leur apparition dans le sud des États-Unis au XIXe siècle, les scientifiques ne savaient pas exactement d’où ils provenaient. Richard Harlan a baptisé cet animal « Basilosaurus », car il pensait qu’il s’agissait d’un reptile marin géant, mais Albert Koch a par la suite assemblé ces restes pour en faire un serpent de mer surdimensionné, baptisé « Hydrarchos », destiné à un public payant. Finalement, les scientifiques ont compris que le Basilosaurus était une baleine éteinte.