Être membre de la royauté indienne ne se résumait pas à des couronnes ornées de pierres précieuses, à d’immenses palais et à des festins somptueux. Selon le royaume et l’époque, la vie royale pouvait impliquer d’être pesé contre de l’or, de balayer les chars des temples, de respecter des règles de salutation étrangement précises, voire de céder son royaume à un dieu. Certaines traditions étaient religieuses, d’autres politiques, et bon nombre d’entre elles étaient très spectaculaires. Voici 20 traditions royales indiennes qui peuvent paraître étranges aujourd’hui.
1. Les rois étaient littéralement pesés contre de l'or
Certains souverains indiens participaient à une cérémonie appelée « tuladan », au cours de laquelle le souverain s’asseyait d’un côté d’une balance géante tandis que de l’or ou d’autres biens de valeur étaient empilés de l’autre côté. Les empereurs moghols, notamment Akbar et Jahangir, pratiquaient différentes variantes de cette coutume, qui était également associée aux souverains de plusieurs royaumes hindous. Les biens pouvaient ensuite être distribués à des fins caritatives, le poids corporel du souverain servant alors de référence pour une donation colossale.
2. Un empereur moghol pouvait être pesé plusieurs fois
À la cour moghole, une simple pesée ne semblait pas suffire. Les célébrations de l’anniversaire solaire d’Akbar comprenaient des pesées successives par rapport à divers matériaux, parmi lesquels figuraient notamment l’or, le mercure, la soie, les parfums, les métaux, les céréales et d’autres marchandises, tandis qu’une cérémonie distincte marquait son anniversaire lunaire. La plupart des objets pesés étaient finalement destinés à être distribués à des fins caritatives, ce qui conférait à cet anniversaire impérial une signification bien différente de la simple réception de cadeaux.
3. Les sujets attendaient que l'empereur apparaisse à une fenêtre
Sous des empereurs tels qu’Akbar et Jahangir, le « jharoka darshan » consistait pour le souverain à se montrer à une fenêtre ou sur un balcon surélevé du palais, d’où le public pouvait l’apercevoir. Cette cérémonie permettait de rassurer les sujets sur le fait que l’empereur était bien vivant, en bonne santé et présent. Elle prit une telle importance que Jahangir aurait continué à se montrer même alors qu’il était malade.
4. Une salutation appropriée pourrait impliquer une prosternation complète
L’étiquette de la cour moghole ne se contentait pas d’une simple inclinaison ou d’un hochement de tête. L’une des salutations les plus obséquieuses, la « sijda », exigeait une prosternation totale devant l’empereur, tandis que les conventions ultérieures comprenaient des gestes tels que le « zaminbos », c’est-à-dire le fait d’embrasser le sol. L’intensité et la forme de la salutation d’une personne pouvaient en effet révéler sa position au sein de la hiérarchie de la cour.
5. Une autre salutation a dû être répétée quatre fois
À la cour de Shah Jahan, on utilisait une formule de salutation élaborée appelée « chahar taslim ». La personne commençait par baisser la main droite vers le sol, puis la relevait progressivement avant de poser la paume sur le sommet de la tête. Cette séquence était répétée quatre fois, ce qui signifie que même pour saluer l’empereur, il fallait mémoriser une routine assez précise.
6. Il pourrait être interdit à un roi de manger avant d’avoir nourri les brahmanes
Dans certaines cours royales indiennes, les souverains observaient des rites religieux stricts avant de passer à table. La nourriture pouvait d’abord être offerte aux divinités et distribuée aux brahmanes ou à d’autres figures religieuses avant que le roi ne soit autorisé à manger. Le déjeuner du souverain pouvait donc dépendre d’une série complète de rituels qui devaient avoir lieu au préalable.
7. La couronne du Travancore pourrait revenir à la sœur du roi
La famille royale de Travancore suivait traditionnellement un système de succession matrilinéaire plutôt que de transmettre simplement le pouvoir de père en fils. Un roi pouvait donc être succédé par le fils de sa sœur, ce qui pouvait paraître très inhabituel à quiconque s’attendait à une ligne de succession à l’européenne, mais cet arrangement permettait de maintenir la lignée royale liée à la branche féminine de la dynastie.
8. Le roi de Puri a balayé le sol lui-même
Au cours du célèbre Rath Yatra de Puri, le souverain Gajapati accomplit le rituel du Chhera Pahanra : il monte sur les chars des divinités et balaye cérémonieusement leurs estrades. Il utilise un balai à manche doré et asperge les lieux d’eau parfumée ou parfumée au bois de santal dans le cadre de ce rituel. Ce geste place délibérément le roi dans le rôle d’un serviteur devant le seigneur Jagannath, soulignant ainsi que son statut royal ne le place pas au-dessus de la divinité.
9. Le grand nettoyage royal devait avoir lieu avant que les chars ne se mettent en route
Cette tâche de nettoyage inhabituelle du Gajapati n’était pas simplement un événement symbolique en marge du Rath Yatra. Le balayage a traditionnellement lieu peu avant que les fidèles ne commencent à tirer les immenses chars, ce qui fait de la participation du roi un élément à part entière du déroulement établi de la fête. Ce même rituel est également accompli lors du trajet de retour, de sorte que le balai doré du souverain fait plus d’une apparition cérémonielle.
10. Un roi pouvait laisser un cheval s'égarer dans les royaumes rivaux
Les souverains de l’Antiquité qui célébraient l’Ashvamedha lâchaient un cheval, qu’ils laissaient errer pendant environ un an, suivi par des soldats. Tout souverain sur les terres duquel le cheval pénétrait devait soit accepter l’autorité du roi, soit affronter ses forces armées. Si le cheval revenait sain et sauf, le rituel s’achevait par une grande cérémonie royale et un sacrifice.
11. On pouvait s'attendre à ce qu'un roi épouse plusieurs femmes
Dans plusieurs cours royales indiennes, les souverains épousaient plusieurs femmes afin de renforcer les alliances politiques entre les royaumes et les familles puissantes. Ces mariages étaient rarement motivés par l’amour, car chaque épouse pouvait apporter des liens diplomatiques, du prestige ou des avantages territoriaux. Un mariage royal pouvait donc également constituer un accord politique majeur.
12. Un souverain pouvait être transporté dans un palanquin en argent ou en or
Certains membres de la royauté indienne se déplaçaient dans des palanquins somptueux portés sur les épaules de serviteurs, plutôt que de marcher ou de monter eux-mêmes à cheval. Les modèles les plus extravagants étaient recouverts d’argent, d’or, de velours et ornés de décorations complexes, transformant ainsi un simple moyen de transport en une démonstration publique de prestige.
13. Votre importance pourrait se mesurer au nombre de coups de canon
Sous le Raj britannique, les souverains princiers avaient droit à des salves d’honneur, dont le nombre reflétait leur rang officiel. Les souverains indiens les plus prestigieux bénéficiaient de salves plus importantes, transformant ainsi un coup de canon en une proclamation publique de leur statut politique. Lors des grands rassemblements impériaux, chacun pouvait ainsi deviner la place d’un prince dans la hiérarchie avant même qu’il n’ait achevé son entrée.
14. Les éléphants royaux faisaient partie du code vestimentaire prévu pour les grandes occasions
Dans de nombreuses cours indiennes, les éléphants n’étaient pas de simples animaux de trait. Lors des grandes cérémonies et processions royales, les souverains pouvaient faire leur apparition à dos d’éléphant richement décoré, assis dans des sièges à baldaquin appelés « howdahs », parfois ornés de broderies somptueuses et de détails en or. Le Nizam d’Hyderabad, par exemple, fit son entrée au Delhi Durbar de 1877 à dos d’éléphant dont le howdah était brodé de fils d’or.
15. Le maharaja n'a pas pu se laver ni se raser pendant plusieurs jours
Pendant les célébrations du Dasara à Mysore, le maharaja entrait dans une période particulière de sainteté rituelle, assortie de certaines restrictions inhabituelles. Pendant la majeure partie du festival, il n’était pas censé se laver ni se raser et restait cloîtré à l’intérieur du palais. Le neuvième jour, il était enfin libéré de ces restrictions rituelles et, lors d’une cérémonie, on le baignait, on le rasait et on l’habillait.
16. Les gens se sont rués sur des feuilles considérées comme de l'or
Lors des célébrations de Dussehra organisées par la famille royale Scindia à Gwalior, le souverain accomplit traditionnellement une cérémonie impliquant un arbre shami. Ses feuilles sont symboliquement considérées comme de l’or, et les gens se précipitent pour les ramasser après le rituel. Cette coutume séculaire est encore perpétuée aujourd’hui par l’ancienne famille royale.
17. Certains souverains vénéraient leurs armes
Au sein de plusieurs traditions guerrières indiennes, notamment dans les maisons royales rajputs, la fête hindoue de Dussehra s’est associée au culte cérémoniel des épées et autres armes. Cette pratique reflétait l’idée selon laquelle les armes revêtaient une signification à la fois religieuse et militaire et méritaient un respect rituel avant d’être utilisées. Pour un guerrier royal, l’entretien d’une épée pouvait donc impliquer des offrandes et des prières, et ne se limitait pas à l’affûtage de la lame.
18. Les mariages royaux pourraient mettre une épée à l'honneur
Les armes occupaient également une place prépondérante dans les cérémonies de mariage traditionnelles des Rajputs. Le marié portait généralement une épée, et les coutumes associées à cette arme pouvaient consister, par exemple, à toucher ou à frapper des décorations cérémonielles telles que le toran lors de l’entrée de la mariée. Les historiens ont établi un lien entre ces rituels et des croyances anciennes liées à la protection et à la repulsion des forces maléfiques, conférant ainsi à l’épée du marié une fonction même lorsqu’aucun combat n’était prévu.
19. Les empereurs assistaient à des concours d'animaux dans le cadre de la vie à la cour
Dans certaines cours indiennes, les divertissements royaux pouvaient être bien plus brutaux que la musique et la danse. Les souverains moghols assistaient à des combats organisés mettant en scène des animaux, et la position surélevée d’où l’empereur observait ces combats pouvait être liée aux audiences publiques et à d’autres affaires de la cour. Ces spectacles alliaient le caractère spectaculaire, l’intérêt du souverain pour les animaux et la démonstration du pouvoir impérial d’une manière qui semblerait tout à fait inhabituelle lors d’une cérémonie d’État moderne.
20. Un nouveau souverain pourrait recevoir un tilak tracé avec du sang
Dans certaines traditions royales rajpoutes, le couronnement d’un souverain comprenait un tilak, c’est-à-dire une marque sacrée traditionnelle apposée sur le front, réalisée avec du sang plutôt qu’avec la pâte cérémonielle habituelle. Ce geste symbolisait la loyauté, le sacrifice et le lien du souverain avec la communauté des guerriers. Il faisait de l’accession au trône un événement littéralement scellé par le sang.